Ce samedi, nous nous levons bien tôt car nous avons booké un chauffeur particulier pour nous mener à la cité Cham de My Son, à 55 bornes de Hoi An.
Nous aurions pu faire comme la majorité des touristes et profiter d’un circuit « all inclusive » proposé par notre guest house (par toutes les guest houses et les hôtels d’ailleurs) et partir en bus vers 8h du mat’, arriver sur place vers 9h30, faire au pas de course la visite et la photo souvenir, déjeuner dans une cantoche à touristes douteuse et revenir pour 15h.
Nous l’eûmes pu, mais nous ne le fîmes point.
Vue la beauté du lieu, et considérant le fait que nos finances nous interdisent un saut à Ankgor au Cambodge (comme initialement prévu dans notre feuille de route), nous ne voulons pas polluer la découverte de ces très jolies ruines en slalomant entre mille touristes sac-bananés et bob-ricardés.
Bon, alors, My Son, késako ? C’est l’un des vestiges les plus importants du peuple Cham, planqué au cœur d’une luxuriante forêt tropicale absolument magnifique. Construite à partir du IVème siecle, tombée dans l’oubli à partir du XIIIème et peu à peu ensevelie par la forêt, la cité comptait près de 70 tours et temples dédiées aux empereurs Cham et à Shiva. Redécouverte par un archéologue français – répondant au doux nom de Henri Parmentier – à la fin du XIXème siècle, My Son fut copieusement pillée par les français, allègrement bombardée par les américains, et est depuis soigneusement retapée et classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Nous arrivons à My Son, conduits par un chauffeur soit suicidaire, soit sérieusement presbyte, mais dans tous les cas totalement flippant dans son appréhension du doublement de voiture sur une 2 voies avec ligne continue et camion qui arrive en face – impact dans 3, 2, 1… queue de poisson salvatrice, ouf, c’était vraiment limite sur ce coup là, tiens je saigne du nez ! Le chauffeur, lui, est très détendu : il s’allume une clope peinard en klaxonnant nonchalamment les 2 scooters chargés de poulets vivants qu’il double sur la droite.
Bref, nous sommes arrivés, il est 8h, le soleil brille et il fait doux, nous sommes vivants, c’est magnifique.

Nous commençons par visiter le petit musée à l’entrée qui explique en détail les subtilités de l’architecture Cham, puis nous mettons en route vers le site sacré, à 2 kilomètres dans la montagne. Le chemin qui y conduit est bitumé, modérément pentu, et surtout d’une beauté hallucinante : la forêt dense, tropicale, avec mille teintes de verts différents , les hautes cascades, les ruisseaux en contrebas, les chants d’oiseaux méconnus, les fleurs aguicheuses, la lumière crue du matin. Au départ de ce beau chemin se trouve un petit parking où sont garés une douzaine de mini-vans, compromis entre la voiturette de golf et le promène-couillons standard. Les chauffeurs devisent en fumant. À notre passage, ils nous font signe : voulons-nous embarquer dans un des bolides, c’est gratuit ? Nous déclinons dans un sourire ; les types saluent l’effort, nous encouragent, nous souhaitent bonne balade.
Et quelle balade ! Nous sommes seuls sur le chemin, avec l’impression d’être des aventuriers au cœur d’une jungle vierge. Nous nous arrêtons tous les deux pas pour contempler un papillon, le fruit d’un arbre, un gros lézard, la toile d’une araignée. Nous cueillons des fleurs, bavardons, rions, prenons plein de photos. Nous avons oublié ce vers quoi le chemin nous mène ; ce moment est tellement agréable et fédérateur qu’il se suffit à lui-même.

Ayé, nous sommes arrivés. Nous découvrons le site, qui s’étend sur plusieurs hectares. Les ruines, plus ou moins bien conservées (plus ou moins bombardées, plus ou moins retapées) s’égrènent dans la forêt, déboisée mais pas trop. Malgré le mauvais état de certains bâtiments, les bas-reliefs et certaines statues racontent bien leurs histoires.





Nous errons, commentant les temples comme la nature environnante. Les enfants suivent la visite en pointillés, ils galopent et s’amusent. Cette promenade est très, très agréable, respectueuse du rythme de chacun.

Et puis soudain, alors que nous sortons d’une tour au sommet d’un promontoire, nous voyons en contrebas de véritables escadrons de touristes marcher sur nous, en grappes compactes autour d’un guide affublé d’un drapeau, au pas de course histoire de griller le groupe d’à côté. Et hop, nous voilà entourés d’une foule dense, avec des imbéciles qui grimpent sur les statues presque millénaires pour la photo, sous l’œil furibard des gardiens qui ne savent plus où donner de la tête.
C’est le signal : allons nous-en. Nous prenons le chemin magique à contresens, croisant toutes les minutes un promène-couillons rempli de touristes de nationalités différentes. Les chauffeurs, qui nous reconnaissent, nous klaxonnent et nous font de grands coucous, imités par les touristes qui nous saluent en version originale non sous-titrée ; c’est rigolo ces touristes en groupe, qui jacassent joyeusement dans leurs idiomes respectifs, ça rappelle « Zazie dans le métro ».
Nous retrouvons notre fou du volant, qui assumera son style de trompe-la-mort jusqu’à la guest house. Rapide déjeuner, empaquetage des sacs.
Il est 13h30, et une après-midi plutôt pénible nous attend : navette (30′) > bus (4h) > marche (30′) : hop il est 18h, on est à Huê, c’est bien pratique les ellipses littéraires.
Huê, sous la pluie, dans la nuit, logés dans une guest house hyper humide et pas très accueillante, dans un quartier merdique… Ouais ben, allons nous coucher, demain il fera jour.
Une nouvelle fois elsa, c’est super bien raconté !
C’est chantant, parlant, surprenant, humoriste … il faut vraiment que tu penses sérieusement à ta reconversion dans l’écriture car là, il y a un diamant brut en toi qui sommeille … et Mathieu fera les arrangements …. et les enfants, les coeurs
Merci beaucoup Bruno…….
Henri Parmentier est l’un de nos aïeux issu de cette grande lignée dite des « Rosendaëliens » grands aventuriers jusqu’au bout des ongles. L’un d’eux a même découvert le pays des « rillettes » en 72 avant l’Indre et Loire. Le dernier survivant « Valentin Parmentier » s’est installé à Poitiers afin d’y arrêter des hordes d’envahisseurs mais c’est trop tard car Charles Martel Parmentier l’avait déjà fait en 732. Quelle famille!!! Certains d’entre eux iront, paraît-il, envahier le Japon en 2016. Mais ce n’est qu’un bruit de couloir…