Whistler dans notre tête  – 26 août 2025 

Réveil courbaturé par la rando de la veille mais tout plein de belle motivation : on est des warriors, aujourd’hui on remet ça ! 

Lilix, que nos pérégrinations ne font pas rêver (« j’aime pas trop trop me faire du mal, en fait ») décide de rester une journée de plus à se la couler douce en prévision de la rentrée qui approche. Val, lui n’hésite pas un instant : il a mal partout aujourd’hui, de toute façon il n’a pas besoin de randonner de nouveau car « j’ai déjà trop de muscles, c’est bon je vais pas faire collec’ », ok les chatons, on vous fout la paix.

Pendant le petit dej, nous envisageons de prime abord une balade longue mais de difficulté moyenne, avec si possible une baignade à la clé. Le Rainbow Lake Trail nous semble l’idéal, avec son beau lac en fin de parcours. Malheureusement, nous apprenons que celui-ci alimente les usines d’eau de source du coin et que cette eau étant vendue en bouteille dans toute la vallée il est formellement interdit d’aller y plonger un orteil. Dommage.

D’un certain côté tant mieux, sinon on hésiterait à la boire, cette flotte

Confiant en nos capacités, nous optons donc pour le Brandywine Meadows Trail, une rando très difficile de seulement 6,5 km, avec un dénivelé de plus de 800 mètres. Les 2,5 premiers kilomètres sont les plus ardus selon le guide : ça grimpe sévère, mais une fois en haut la pente se fait plus douce lorsque l’on aborde les fameuses prairies. Comme deux bleusailles, nous pensons que c’est à notre portée, emballons sandwichs et grosses provisions d’eau et laissons derrière nous deux enfants ravis de se débarrasser de leurs vieux.

Sur la route, nous croisons des panneaux conseillant aux automobilistes qui se stationnent pour un arrêt pipi ou pour une photo de ne pas s’éloigner à plus de 100 mètres de leur voiture ; la faune est dense dans le coin, et possède de longues dents aiguisées.

Nous quittons la route pour la piste. C’est de loin la plus accidentée que nous ayons parcourue ; il faut dire qu’en hiver il neige très fort par ici, et que le spot est prisé pour ses balades en motoneige ; il y a donc beaucoup de passage et cela détériore la piste. Il faut au moins un 4×4 pour monter le dernier kilomètre – notre petite voiture n’est clairement pas de taille. Nous la garons dans un coin et gravissons le kilomètre qui nous sépare du vrai départ de la rando sous un soleil de plomb : on tire déjà la langue avant même le début officiel de notre trail. 

Selon Google Map nous sommes ici : absolument nulle part donc

Notre guide dit : suivez les petits losanges oranges, faites gaffe des fois ils sont loins ou cachés, on se paume facilement faites pas les imbéciles (il ne dit pas ça comme ça mais c’est ce que ça veut dire).

Ce panneau a l’air d’accord avec notre guide

Nous nous élançons, enfin c’est une image car la pente est dès le début entre 45 et 55 % et à ce tarif-là on ne peut pas dire qu’on s’élance des masses. Le sol est couvert de pierrailles et de racines, et ça grimpe, ça grimpe, ça grimpe.

Ca grimpe

Ca grimpe

Ca fuckin’grimpe

Nous arrivons à ce qui ressemble à une patte d’oie. Plus de signalisation visible mais des chemins qui semblent partir dans des directions opposées. Comme deux maxi-connards, nous avons l’idée brillante de nous séparer : « on se retrouve plus haut, hi hi ! ». Bien entendu, c’est EXACTEMENT ce qu’il faut faire quand on a la condition physique d’un nem et qu’on est dans une forêt blindée d’ours. Il nous faudra un bon quart d’heure pour nous retrouver, légèrement flippés et surtout stupéfaits de notre propre connerie ; promis, on ne se sépare plus. 

Selfie pris alors que j’appelais Matthieu en vain, me disant que ça serait peut-être la dernière image que je laisserai à mes enfants après m’être fait bouffer par un ours

Et la rando reprend. On en bave des ronds de chapeau, même si la forêt est magnifique. Notre crainte de l’ours ou du cougar s’est complètement dissipée : notre cerveau tout entier est occupé à ne pas décéder. Nous faisons des pauses tous les 20 mètres (de dénivelé).

Tiens, je crois que je suis en train de mourir des mollets

Pause dej qui fait du bien et nous redonne un peu d’énergie. Nous croisons quelques randonneurs, qui dégustent eux aussi mais qui grimpent d’un bon pas. Nous commençons à nous dire que nous n’avons pas le niveau… 

Là je pose en me disant « mais tu parles d’une idée à la con cette rando »

Enfin, au bout de plus de 2h30 de marche, nous abordons le dernier tiers de la rando. Nous consultons notre guide : « quand vous arriverez au dernier tiers de la rando, au bout d’une heure de marche……». Vas-y il est con ce guide, on continue. 

Le paysage change progressivement, on sent que l’on arrive sur les hauteurs. La montée est moins féroce et nous en profitons. Les prairies ne doivent plus être très loin…

Mais soudain bim : ça remet à grimper sa mère. Je sens le découragement me gagner.  Dans un élan théâtral, je me tourne vers Matthieu et, la voix chargée de lourds sanglots, m’écrie : « Mais à quoi bon, Matthieu ? Tout cela est vain. Quand nos forces sont usées, quand nos facultés sont éteintes, quand le découragement s’empare de nous, nous ne pouvons être une ressource pour personne, pas même pour nous-même ! Nous n’avons guère à offrir que des débris. Notre malheur, notre péché, notre honte, notre tourment et notre deuil, quel est-il ? Le découragement ! Tarissant notre sève et notre force ; racine, fleurs et fruits, mordant tout, ver caché, il nous a tué ! Ce démon à notre vie attaché ne nous a laissé que l’écorce. Allez viens on se casse. »

Photo des randonneurs du dimanche qui ne verront jamais ces connasses de prairies  du Brandywine Meadows Trail

Pendant la petite heure et demi de descente ardue, nous avons la satisfaction de faire souffrir d’autres muscles qu’à la montée ; on se console comme on peut. Arrivés au dernier accès au gros torrent avant le retour à notre voiture, je fais malencontreusement tomber mon portable dans l’eau en voulant me rafraîchir, rejoignant ainsi le club très fermé des noyeurs de téléphones dont Valentin est président. J’attendrai jusqu’au lendemain que mon appareil téléphonique portatif sèche et ne prendrai donc plus de photo de la journée.

De retour à l’hôtel, nous demandons aux enfants ce qu’ils ont fait de leur journée : rien, nous répondent-ils dans un sourire, et ils en sont très contents. Ils écoutent d’un air vaguement méprisant nos aventures du jour (« mais quelle idée de vous foutre dans un état pareil à votre âge »), et se réjouissent sincèrement de ne pas être venus. Un plouf à la piscine plus tard, nous descendons dans le village olympique pour y dîner. Le lieu est super sympa, très huppé, et la nuit qui tombe habille la petite ville d’un air de fête.

Nous nous offrons le luxe d’un cocktail ; Val ne finira pas le sien et le donnera à son père, qui se mettra ensuite à parler très fort. Matthieu et moi nous régalerons d’un saumon sauvage de la vallée, grillé à point ; un délice. Nous en profitons bien et passons un beau moment tous les quatre. Demain, nous repartons en direction de Vancouver, et nous mettons dans les starting-blocks pour le retour à la vraie vie… 

Posted in ...des parents, Canada, Whistler.

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