En territoire Hmong Fleurs – 4 mars

Autant Matthieu et Valentin ont passé une nuit excellente, autant Alix et moi-même avons souffert du voyage. Enfin, moi surtout, car Alix a le sommeil lourd des petits enfants blonds choyés par la vie.

Moi, pas, et j’ai bien dégusté, car notre compartiment de quatre couchettes dont une vide a attiré toute la nuit son lot de squatteurs qui a jacté, mangé, ronflé sans vergogne. Mes « chuuuuttt » furieux n’intéressaient personne, mes oeillades assassines tombaient à plat, si bien que quand le train s’arrête en gare de Lao Caï à 6 heures du mat’ (petite ville à un jet de pierre de la frontière chinoise), je suis d’une humeur absolument massacrante, va pas falloir me gonfler aujourd’hui. Les enfants, rompus à l’exercice car c’est moi qui les lève tous les matins pour l’école, gardent un silence prudent et marchent ingénieusement un bon mètre derrière moi. Par contre, les chauffeurs de taxi qui nous sautent dessus au sortir du train et qui eux, n’ont pas la chance de connaître mon Carmen Cru’ style matinal se font tous emplafonner bien comme il faut. Tous ? Non, car un irréductible taximan résiste, pas impressionné par mon air de bouledogue, et nous suit jusqu’au café d’en face où je commande le ginger tea qui me fera aimer la vie de nouveau.

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Je souris pour la photo mais potentiellement je peux tous vous tuer

Portable chargé, thé avalé, je renais peu à peu à la life tandis que Matthieu deale le tarif du taxi qui nous emmènera jusqu’à Bac Ha. Nous grimpons à bord du tacot, et c’est parti pour une petite heure de route dans la montagne, afin de découvrir cette région superbe réputée pour ses rizières en terrasses, ses marchés pittoresques et ses ethnies vivant encore au rythme des traditions ancestrales. Nous évitons intentionnellement la ville de Sapa qui, même sublime, est envahie par les touristes et a considérablement perdu, parait-il, de son authenticité. Bac Ha semble être un spot moins prisé et tout aussi dépaysant, en plein territoire Hmong Fleurs.

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La route est très chaotique, accentuée par la conduite très sportive de notre endurant chauffeur ; Valentin devient blanc, puis vert, et honorera la montagne, en guise de premier contact, en rendant son petit dèj’ dans un buisson. Nous arrivons enfin à Bac Ha, et croisons les premières femmes de la tribu Hmong Fleurs, reconnaissables à leur tenue traditionnelle coquette et colorée. Le temps est couvert, les rizières ne sont pas encore teintées de ce vert si particulier (trop tôt dans la saison) mais cela ne gâche rien à la beauté du paysage. Les montagnes, rondes et hautes, évoquent les monts de Marioland et sont couvertes d’une végétation luxuriante. La ville de Bac Ha est petite, pauvre, tranquille, accueillante. Notre taximan peine à trouver notre guesthouse, recluse à la sortie de la ville, en bordure d’une petite route qui s’enfonce dans la montagne.

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Dès notre arrivée, Sa, le propriétaire des lieux, nous accueille chaleureusement, baragouine quelques mots en français, nous propose thé et café. Sa fait partie de ces gens qui ne cessent jamais de sourire, ceux dont le verre d’eau est toujours à moitié plein. Nous bavardons un peu, pendant que les enfants courent derrière les poules, chiens et chats qui pullulent aux alentours. Sa nous explique dans un anglais nickel qu’il est né dans ce village, qu’il n’a jamais pu aller à l’école, trop chère et encore rare dans les montagnes alors qu’il était enfant, qu’il a appris l’anglais en autodidacte, et que même si sa vie de propriétaire de guesthouse lui plait pour ses nombreuses rencontres, il espère un avenir meilleur pour sa petite fille de 5 ans, Phon Haï.

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Puis il nous fait faire le tour des lieux. Sa maison en béton, devant laquelle se trouve une grande terrasse où sa femme sert boissons et repas : le QG en somme. Autour, des dépendances, cuisines, salles d’eau, le tout en béton et entouré de jardins potagers que sillonnent un bon milliard de poules en tous genres qui laissent présager un réveil aussi matinal que vitupérant. Et puis, au bout d’un petit chemin, une superbe maison en bois, sur pilotis, avec un toit en feuilles de palmiers, une terrasse donnant sur le jardin et les montagnes. Nous nous déchaussons, gravissons la volée de marches et tombons sur un large couloir desservant une dizaine de chambres. Tout est en bois massif et manifestement fait maison ; la baraque comme les meubles présentent un design rudimentaire, mais bien costaud comme il faut ; cela sent merveilleusement bon. Les enfants investissent une chambre et entreprennent de déplier les moustiquaires, sautant sur le lit habillé d’une unique et lourde couverture de velours. Matthieu et moi-même posons nos valoches dans la chambre d’la côté, et ça nous fait bien plaisir, parce que faire dortoir avec les kids depuis presque un mois, hein, ça commence à bien faire.

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Il est encore tôt le matin, nous décidons de partir explorer les alentours. Sa nous indique l’itinéraire d’une balade de 10 kilomètres qui sillonne la montagne et traverse deux villages Hmong fleurs.

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C’est la lutte finale

Le temps est lourd mais la balade mémorable : les montagnes rondes et touffues, les rizières en escaliers qui couvrent les hauteurs de dessins cubistes, les paysans qui travaillent dans les champs, les tenues bigarrées des femmes. Les visages, curieux, qui nous dévisagent. Le moment où la méfiance disparait des regards pour laisser éclater un sourire (Alix, blondinette coquette superchouette, qui piaille des « Xin chào » de sa petite voix de toon et Valentin, souriant et sûr de lui, qui lance de joyeux « hello » à la ronde, sont de fabuleux détendeurs d’ambiance).

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Nous nous perdons dans un village et assistons à la sortie des classes d’une école de campagne, nous gagatisons devant les adorables bébés dans les bras de leurs grand-mères, nous sourions aux gamins qui nous suivent en ricanant, nous saluons les gens qui travaillent la terre, avec l’aide de leur boeuf, ou courbés dans les rizières. Nous sommes heureux, soudés, c’est un moment très fort pour nous quatre.

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Nous déjeunons superbement dans un restaurant avec vue sur les hauteurs de Bac Ha et rentrons dormir un peu. Nous nous dépêchons de ressortir nous promener avant la tombée de la nuit, une belle balade de 5 kilomètres nous menant à un autre village Hmong fleurs. Nous croisons à cette occasion bien plus d’enfants que le matin, car tous sont maintenant sortis de l’école et batifolent dans les rues ; Valentin attire beaucoup l’attention avec sa casquette Adidas et ses cheveux longs et clairs. Nous revenons, tout fourbus et la tête pleines d’images ; la montagne ça vous gagne, certes, mais les côtes à 15% au bout d’un moment ça fatigue.

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Nous dînons chez Sa, avec une flopée de québécois qui rigolent très fort et un adorable couple de jeunes retraités français, Armelle et Yvon, qui, alcool de riz aidant (fait maison là encore, et présenté dans d’innocentes petites bouteilles d’eau minérale, trompeuse apparence), deviendront de bons camardes de voyage. Les enfants s’entendent à merveille avec l’espiègle Phon Haï, qui malgré le fait qu’elle soit la cadette et qu’elle ne pane pas un broc de ce que disent Alix et Val, ne s’en laisse pas compter. Ces trois-là se comprennent sans mot, en poussant de petits cris et en mimant ; c’est vraiment drôle d’observer leurs jeux.

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Vers 23 heures, les paupières se font lourdes (les paupières parentales du moins), et nous gagnons enfin notre chambre douillette, sous les cot cot des poulets imbéciles qui décidément ne débranchent jamais.

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Posted in ...des parents, Bac Ha, Vietnam.

4 Comments

  1. Que de moments intenses vécus en une seule journée ! Et pourtant, le matin, c’était fight ! Après l’attaque du singe, et de la menthe religieuse … je conclue et j’achève les taxi mens avec Elsa ! Bien joué Mathieu 🙂

    • Parfois on a l’impression de vivre plusieurs journées en une seule… Les heures se suivent et ne se ressemblent jamais au Vietnam

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