Le lac des cygnes – 3 mars

Nous nous levons ce matin en ressentant une certaine urgence à profiter d’Hanoi ; nous quittons la capitale ce soir par train couchette, direction les montagnes du nord-ouest du Vietnam.

Il y a mille choses que nous n’avons pas encore vues et, même si nous savons que nous referons un saut de puce dans la ville d’ici quelques jours, il est important pour nous de nous en mettre plein la vue en un minimum de temps. Nous prenons notre petit dèj’ en un temps record, bouclons nos sacs en speed, les abandonnons pour la journée dans un recoin de la guesthouse, et nous lançons comme un seul homme dans la jungle hanoïoise (hanoïenne, peut-être).

Nous flânons longuement dans la ville, car ici le spectacle est omniprésent pour qui sait observer. Comme partout au Vietnam, la nourriture, sa préparation et sa consommation sont élevées au rang d’art. Quel plaisir de voir la rue entière s’affairer à la cuisine, dans des relents de popote écoeurants et alléchants à la fois ! Nous ouvrons grand les yeux pour n’en pas rater une miette ; les vieilles femmes qui vendent le poisson et le débitent à la machette sur le trottoir, accroupies au-dessus d’une planchette en bois, les vendeuses de tout qui trimballent leur camelotte dans deux paniers accrochés à une barre de bambou posée sur leurs épaules, en mode balancier, les hommes qui nous sollicitent sans cesse pour cirer nos chaussures (de magnifiques tatanes Quechua qui pourtant en ont vu d’autres), les hommes qui trinquent à toute heure en clamant de retentissants « Chùc sùc khoé ! », les pousse-pousses qui nous lancent de joyeux « hello » à chaque coin de rue, le concert des klaxons, les chiens errants qui se courent après, les poules en liberté picorant les poubelles éventrées, les bébés dans les bras de leurs grand-pères, les pagodes nichées entre deux magasins de téléphonie, les vieux qui regardent le temps s’écouler en devisant, les jolies femmes en tailleur strict qui vont et viennent largement chapeautés pour préserver un teint le plus clair possible… Tout cela est enivrant, éreintant aussi.

Affamés, nous optons en coeur pour un resto… italien recommandé par notre ami Anh Vu ; l’appel de la pizza est le plus fort sur ce coup là. Nous déjeunons comme des rois dans ce resto excellent, savourant langoureusement le fumet délicat de l’huile d’olive, qui l’air de rien nous manque beaucoup. Repus (et allégés d’un bon paquet de Dongs, boire du Chianti au Vietnam ça se paie), nous repartons le coeur léger, et pénétrons quelques instants plus tard le beau bâtiment du musée des Beaux Arts. L’histoire de l’art du Vietnam, du VIème siècle avant JC à nos jours, s’étale sur trois niveaux ; de petits panonceaux fournissent quelques explications dans une traduction française approximative et cocasse.

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Nous flânons longuement dans le dédale des salles pratiquement désertes, admirant les antiquités Cham et Vietnamiennes, nous extasiant devant les laques finement travaillées, écarquillant les quinquets devant les gigantesques sculptures religieuses, vibrant devant les peintures sur soie, tremblant devant les oeuvres déchirantes évoquant les guerres, baillant devant l’art communiste pompeux à souhait.

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L’introduction des notions et techniques occidentales au début du XXème siècle constitue un tournant étrange dans l’art vietnamien : il est très intéressant de déceler des influences cubistes ou impressionnistes dans des tableaux relatant de sujets traditionnels. Encore une fois le temps nous file entre les doigts, mais heureusement les enfants se rappellent à notre bon souvenir en devenant gentiment pénibles et bruyants, sonnant ainsi l’heure du départ. Il est bientôt 16 heures, notre train couchette ne démarre qu’à 22 heures ; nous devons tuer le temps avant de repasser récupérer nos sacs à la guesthouse. Décidément, les enfants pètent la forme alors que nous, vieux croutons, sommes déjà bien vannés par notre journée de crapahutage. Dans un ultime effort (intéressé il va sans dire), nous gagnons l’immense lac de l’ouest de la ville afin d’y faire courir nos sales gosses, espérant ainsi les fatiguer – on peut toujours rêver. Arrivés sur place, déception : le lac de l’ouest n’est pas aussi joliment paysagé que ce que nous imaginions ; entouré de routes hyper fréquentées, ce lac n’offre semble-t-il aucune possibilité de balade bucolique. Un petit tour en barque peut-être ? Ah non, pas de barque sur le lac, mais des pédalos. Les enfants nous font leur regard de chien battu n°8, celui qui est irrésistible ; bon, d’accord. Toute honte bue, nous prenons place dans deux pédalos « cygne », kitchissimes au possible et passablement défraichis. Chaque tour de pédale nous oblige à introduire nos genoux dans nos narines (c’est aussi douloureux que ça en a l’air) et je ne vous parle pas des grincements suraigus émis par le pédalier ; nos cygnes ont vraiment besoin d’un bon coup de burette, si j’ose dire.

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Les petits sont aux anges ; quelle aventure trépidante ! Ce moment féérique durera une grosse heure, au terme de laquelle les enfants seront toujours aussi en forme, mais mouillés, et les parents deux fois plus exténués, et mouillés également. Ciel ! Déjà 18 heures, magnons-nous de rentrer. Nous retraversons la ville au pas de course, récupérons nos sacs et nous mettons gaillardement en route vers la gare ferroviaire. En chemin, nous dînons d’une soupe pho dans une gargote d’une petite rue animée, puis rallions doucement la gare.

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La nuit est tombée mais Hanoi vibre toujours ; la ville ne semble jamais s’endormir. Notre train arrive dans un boucan d’enfer. Nous rejoignons notre quai en traversant sur les rails, à la cool. Nous serons séparés pendant ce voyage : Valentin et Matthieu s’installent dans un compartiment habité d’hommes, Alix et moi-même prenons place dans un compartiment seulement occupé par une gentille petite dame. Le train démarre, nous bringuebalant agréablement et nous berçant de son vacarme cadencé. Le sommeil ne tarde pas à venir, nos yeux se ferment sur les lumières d’Hanoï qui défilent.

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Posted in ...des parents, Hanoi, Vietnam.

11 Comments

    • Euh… Je m’y suis déchiré un tympan et mordu les genoux, donc oui, en termes de stigmates, c’est pas faux !

    • Bonjour Hugo,
      Oui, le premier commentaire au moins nécessite une approbation manuelle de notre part, ensuite la publication sera immédiate.
      Grosses bises à la Belgique !

  1. Bonjour Alix,

    tu fais un très beau voyage et j’espère que tu nous raconteras ça quand tu reviendras ! je compte les jours…..
    bises à toute ta famille

    • Bonjour Bruno,
      on est à fond ! On visite même les hôpitaux, on goute tous les plats, boissons, virus et bactéries, ne rien regretter, c’est là le principal. Nous sommes à Bali depuis hier soir, autre ambiance (autres virus ?). Le moral est excellent. Nous pensons bien à vous !
      Bises

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