De bon matin – il fait nuit si tôt qu’à 21h nous dormons – Elsa s’allume et réclame un café. Nous abandonnons les kids à leur propre phase de réveil, laquelle s’étale généralement entre 1 et 4 heures.
Après une courte marche nous avisons une des nombreuses alternatives au Starbucks, où je me délecterai d’un smoothie tandis qu’Elsa attendra une bonne demi-heure – comme la veille – que son café ne cesse de bouillir. Pas de chance au bout du suspense, il s’avère trop fort pour ses délicates papilles plus habituées à la pisse d’âne saveur café… Dilution in progress, ayé, la journée commence.
Ce matin, c’est British Museum. 30’ de métro et 15’ de queue le long des grilles, nous y voici. Fronton de temple romain, magnifique verrière et majestueux espaces tout en marbre clair, ça claque !


Le plus vieux musée du pays abrite des collections d’objets du monde entier, témoins des talents d’explorateurs des britanniques à travers les siècles. Valentin se précipite dans la galerie égyptienne et commente avec gourmandise la moindre momie de chat ou l’infime distinction entre les divinités Horus et Bidule représentées ici et là.



Nous admirons les torques celtes, les astrolabes arabes, les jouets, la vaisselle, les armes, les vêtements et les bijoux de toutes les régions du monde.


A l’heure de quitter le musée, nous nous mettons en quête d’admirer la pierre de Rosette, LA pièce historique à l’histoire tourmentée, celle qui permit au français Champollion de décrypter les hiéroglyphes en 1822. Hélas, point de pierre, point de Rosette, hormis reproduite sur les tasses et les torchons de la boutique… visiblement cette pièce magistrale doit actuellement se promener dans une expo quelque part dans le monde. Nous nous sommes faits avoir. Un Champollion vénéneux conclura Elsa.

Dès la sortie du musée nous nous mettons en quête du quartier de Soho. Pour cela nous traversons celui de Covent Garden et ses théâtres à chaque coin de rue. C’est là que la faim nous surprend et nous atterrissons dans un pub, donc sombre, pas très accueillant, aux tables poisseuses, pour manger local. C’est Val qui se coltine la commande au bar.

Nous attendrons les réglementaires 30’ le temps d’être servis. A priori c’est le mot-clé pour indiquer au client que la nourriture est ici préparée pour de vrai… ou pour laisser le temps au livreur UberEats d’arriver par la porte de derrière, vilains français ironiques que nous sommes ! A priori nous avons tort, c’est bien préparé sur place, le steak haché transformé en semelle, par exemple, et le mac&cheese qui n’a pas la même consistance d’une assiette à l’autre semblent attester d’un savoir-faire local.

Roborrés que nous sommes, nous reprenons notre quête du quartier de Soho. Leicester Square ressemble à toutes les grandes places de toutes les grandes ville européennes (mêmes boutiques, mêmes touristes, mêmes fast-food), on y monte le marché de Noël à grand fracas de visseuses et de scies circulaires, sous l’oeil coquin des statues en bronze de Mary Poppins et d’Harry Potter juché sur son balai.


Traversée du Chinatown local, où la foule dense se prend en photo sous les centaines de lampions, puis nous rejoignons une grande artère ressemblant furieusement à notre Rue de Rivoli parisienne : Zara, H&M, Bershka, Starbucks, un autre H&M… L’intérêt, comme souvent dans ces endroits ultra mondialisés, se trouve plutôt chez les passants : les touristes baragouinant dans leurs idiomes respectifs, mais surtout les looks des demoiselles anglaises… Elsa et Alix guettent les fonds de teint les plus ostentatoires, et il y a de quoi faire (on trouve toutes les teintes de orange possibles, allant du terracotta au mandarine, le tout appliqué à la truelle, avec si possible deux touffes de poils bien longs soulignant les yeux, plus classe tu meurs). Nous atteignons rapidement Soho, accompagnés de quelques centaines de milliers d’autres touristes et anglais en vacances, lesquels arpentent les boutiques avec frénésie. D’une rue à l’autre, tandis que se profile Oxford Street et ses enseignes de luxe, ça se gentrifie mètres après mètres. Marqueur intéressant : les vitrines ambiance Halloween cèdent leur place à de grandiloquentes décorations de Noël aux abords d’Oxford Circus. Elsa touche au but de cette promenade en atteignant le magasin Liberty.







1 mètre de tissu plus tard (je vous laisse convertir en heures), nous nous retrouvons pour investir un bus à impériale, direction Harrod’s, ce petit marché aux puces sans prétention.

Nous enquillons les couloirs labyrinthiques de ce bloc de 6 étages où les boutiques de luxe se succèdent sans que nous ne puissions en franchir le seuil, nous n’avons décemment pas la tête des clients espérés. Ça froufroute, ça moumoute, ça se juche sur des talons de 18, ça mélange les couleurs, les matières et les effets de folie pour dégouliner parfois, pour choquer souvent, pour charmer aussi, forcément. Aucun prix n’est affiché, lorsqu’une étiquette dépasse parfois, on s’étrangle joyeusement. Avec Valentin, nous en conviendrons au bout d’une heure à déambuler entre des tops à 500 £ et des manteaux à 2.300 £, toute notre échelle de valeur est bousculée… à peine aperçoit-on une paire de chaussettes Stella Mc Cartney à 70 £ qu’on se jette un regard entendu : « pas cher, prends m’en douze » !



Elsa et Alix font un saut au pipiroom d’Harrod’s, un must parait-il, avec chasse d’eau en or sans doute. De toute façon Elsa a la classe avec son petit sac Liberty. Val et moi sommes partis au sous-sol, au « marché » d’Harrod’s. Les côtelettes sont alignées comme jamais sur l’étal du boucher, on dirait un tableau de fantasia, le primeur propose des fruits du Dragon (paye ton bilan carbone pour un fruit qui a goût de flotte, mais il faut avouer qu’il est toujours aussi joli, l’art de paraître a un prix ici-bas). En remontant vers la sortie nous traversons une immense salle dédiée aux chocolatiers. Alix hallucine, se demandant si c’est Gucci qui fixe le prix des ballotins. Note pour plus tard, devenir trader pour retourner chez Harrod’s en tant que client. Mais Elsa s’en fiche, elle possède 1 mètre de tissu Liberty qui la fait sautiller à intervalles réguliers.

De retour à Hammersmith, Elsa emmène Alix chez Primark, où les prix sont globalement divisés par 100. S’ensuit une vraie séance de shopping cette fois, d’où Alix sortira ravie ! Puis nous abandonnons les kids pour trainer dans un pub où nous tombons en plein « rush hour ». Prise d’assaut du bar pour attraper 2 bières, une activité complète : sportive, psychologique, tactique, sournoise, voire un tantinet chiante. En fait c’est l’anarchie : des petits vieux assoiffés s’égosillent pour obtenir leurs pintes (ils les achètent par deux, ils ont tout compris) et surtout regorgent de mauvaise fois, se plaignant directement au barman de la lenteur du service alors qu’ils viennent de se radiner à l’instant. Tous les coups sont permis, ça se vole les pintes sous le nez, parfois la soif est si intense qu’un type descend sa première pinte avant même que sa deuxième ne soit versée et qu’il ne passe à la caisse, comme pour souligner l’ignoble attente subie. Puis un client plus allumé que la moyenne demande à parler au gérant, ce qui n’émeut pas la barman mais le ralentit suffisamment pour provoquer l’ire des autres clients, petite marée le long du bar, les épaules se frottent et tout le monde se décale de 50 cm, difficilement plus puisque certains ont déjà attaché leur ceinture à l’un des mousquetons placés sous le bar, pour éviter la chute. Bref, 25 minutes plus tard, j’ai nos 2 bières.
Nous quittons notre pub assez vite, finalement, non sans évoquer la remarque de Valentin : « c’est vraiment oppressant comme ambiance, je n’aime pas trop », et en lui accordant qu’avec un petit 2 mètres sous plafond en s’imaginant, il y a 20 ans, progresser dans un épais nuage de fumée… il n’a peut-être pas tort.
Pour conclure cette journée, j’ai choisi un resto indien très bien noté pour profiter là aussi du savoir-faire londonien en la matière. Nous ne serons pas déçus, curry et poulet tikka massala tombent à pic, le riz nous change des frites, voilà pour aujourd’hui !