Allons à Turku – 20 août 2023

Réveil paresseux dans notre mignonne petite cabane finlandaise. La nuit fut douce, sans attaque d’ours qui plus est, ce qui est toujours fort appréciable.

Le soleil se lève sur les bois environnants tandis que je me fais couler mon café dans une cafetière old school qui fait un sacré potin, les enfants me détestent.

Cette cabane ne comprenant ni salle de bain ni évier pour faire la vaisselle ni torchons ni éponge (ni que dalle en fait) mais simplement un petit lavabo, nous rinçons tant bien que mal les quelques tasses et couverts que nous avons utilisés et les laissons proprement empilés sur la table. Nous visitons une dernière fois le grand sauna attenant à la cabane, déçus de n’avoir pu l’utiliser, les proprios n’ayant laissé pour l’allumer qu’une unique énorme bûche – une bûche de 32 dirait mon frère – et qu’une toute petite boîte d’allumettes (nous avons par conséquent subodoré une invitation à ne pas utiliser cet équipement). Puis nous mettons les bouts.

Le plaisir de conduire dans la pampa finlandaise est réel : les routes et leurs abords sont parfaitement entretenus, les espaces très vastes et il n’y a que très peu de circulation. Les limitations de vitesses sont scrupuleusement respectées par les automobilistes, et ça conduit plutôt lentement ici : 30 à 40 km/h en ville, 60 à 80 sur les nationales et les 4 voies et 100 à 120 sur les autoroutes. Les phares doivent être allumés de jour comme de nuit et les piétons/cyclistes sont éminemment prioritaires. De plus, notre bagnole de location est ultra confortable, dotée de sièges chauffants à l’avant, et il est fort agréable de se tiédir le capiton car le petit matin est frisquet.

Nous arrivons sur le lieu de notre première étape du jour, c’est à dire entre nulle part et rien, en pleine cambrousse. Matthieu a dégoté sur le net une balade qui semble très sympa, même si les commentaires des internautes randonneurs déplorent l’absence de balisage ; pff, ils nous font bien marrer ces novices qui ragent sur les internets !

La première moitié de notre promenade est très sympa : nous traversons une petite rivière, des vergers et de grands champs de fraises. La nature est splendide et le soleil bien agréable. Nous ne savons pas bien où aller mais le petit chemin qui court sous nos pas nous met en confiance. Nous pénétrons une belle forêt de boulots et de sapins aux pieds desquels poussent tout plein de fleurs, de champignons et de myrtilles sauvages. Émerveillés par la beauté des lieux, nous crapahutons sans trop nous méfier, en bavardant gaiment ; quel plaisir de partir dans cette gentille aventure !

Puis, au fil des bornes, le chemin se raréfie, nous rencontrons de plus en plus de crottes d’animaux et la forêt épaisse semble nous avoir avalés. Nous percutons que nous ne suivons plus du tout un chemin mais bien des pistes d’animaux, nous sommes définitivement, indiscutablement, complètement perdus.

Je crois que c’est par là (spolier alert : pas du tout)

D’autorité, Matthieu prend les choses en main, et c’est à partir de ce moment-là qu’à mon sens notre promenade devient notablement merdique. Nous parvenons à sortir de la forêt mais il nous faut pour cela traverser le jardin privé d’une grande maison isolée qui jouxte une ferme. Pas d’inquiétude ; nous savons qu’en Finlande prévaut le jokamiehenoikeus, autrement dit « le droit de tout un chacun » d’accéder à la nature, y compris en traversant des propriétés privées, dès lors que l’on adopte une attitude responsable. Sûrs de notre droit, nous tâchons néanmoins de nous faire tous petits en traversant silencieusement le grand jardin. Soudain, une porte de la maison s’ouvre brutalement et un finlandais pas content nous hurle des trucs dessus avec ses gros sourcils froncés sur ses yeux bleus. Quand je lui explique en anglais que nous sommes perdus et que nous ne faisons que passer, sorry sir, il vocifère alors un retentissant « this is MY home !!! », nous adresse un geste signifiant « allez au diable » et rentre chez lui en grommelant ; pour le traditionnel jokami-machin chose on repassera.

Échaudée de m’être ainsi fait moisir la tête en finnois, je préconise que nous restions sur la petite route de campagne que nous venons de rallier : après tout, aucune voiture ne circule ici, nous allons traverser des champs, des forêts et des cours d’eau tout pareil et peut-être même tomber sur un sentier réellement balisé sans risquer de nous paumer de nouveau. Mais Matthieu, en explorateur de l’extrême qu’il est, se fiant à son portable, à son sens de l’orientation hors pair et certainement aussi à sa bonne étoile, nous annonce qu’en contournant la propriété là-bas, en passant derrière le petit bois puis en coupant à travers champs on peut rejoindre la rivière qui nous mènera au pont qui lui même se trouve près de notre voiture. Les enfants et moi-même échangeons un regard inquiet ; nous savons d’expérience que ce genre de plan est rarement payant avec Matthieu ; nous l’avons déjà largement vérifié en nous perdant docilement dans tous les pays que nous avons visité. Je me mets à bouder illico, un Valentin hilare à mes côtés, tandis que Matthieu suit son plan talonné par une Lilix confiante dans son petit-papa-d’amour-que j’aime-t’es le plus fort. Nous partons donc dans de hautes herbes mouillées, nous enfonçons parfois dans la vase car le terrain est marécageux. Accidenté aussi : nous trébuchons souvent sur des terriers et des termitières, nous retenant in extremis à des orties et autres ronces. Nous traversons des collines vallonnées et des bois sauvages, obligés de contourner des barrières électrifiées, ahanant sous le soleil qui nous tabasse. La rivière est bien là, en contrebas, mais ses rives sont un marécage boueux où nous nous enfonçons jusqu’aux chevilles. Inutile de dire que les mots qui sortent de ma bouche ne sont pas vraiment de l’ordre de la tendre sérénade, mais Matthieu, princier, m’ignore en affectant un stoïcisme digne et philosophe tandis que les enfants hurlent de rire : honnêtement je dois avouer que l’expérience est plutôt marrante. Nous rejoignons enfin un champs de fraises et de là une route, la voiture est enfin en vue, ouf. Note pour plus tard : les plans de rando de Matthieu, merci mais non merci.

Nous parcourons les quelques 50 bornes qui nous séparent de Turku et nous attablons sur les coups de 14h dans un resto sympa en bordure de rivière. Cette jolie ville maritime et animée, sise au bord de la Baltique dans un magnifique archipel suédo-finlandais, est l’ancienne capitale de la Finlande. Nous aurons le loisir de la visiter durant les 2 ou 3 jours où nous y resterons. Pour l’heure, nous avons les crocs, et dévorons nos délicieuses pizzas (plus de 80€ le déjeuner, et pourtant nous n’avons pas fait les gloutons, il va vraiment falloir faire attention au budget dans ce pays où tout coûte une blinde).

Allez savoir pourquoi, nous sommes assez fatigués de notre début de journée ; nous décidons donc d’aller nous reposer dans la petite maison que nous avons louée, à quelques minutes du centre-ville. Il s’agit d’une vieille maison en bois rouge, nichée dans la forêt, coquette et meublée de beaux meubles anciens. Côté déco on oscille entre la maison de poupée et le décor d’un film d’horreur, mais nous soupirons d’aise : il y a une douche (bon ok, celle-ci est dans un salon, et le ballon d’eau chaude est minuscule, mais ne chipotons pas). Autres bizarreries : l’eau courante n’est pas potable (un gros jerrican se trouve dans la cuisine) et les toilettes sèches sont sur un palier, pas grave, on fera avec.

Valentin se la joue marquis de la Groutte-Lülü
Les lits de Pimprenelle et Nicolas

Après une sieste salvatrice, nous partons explorer la forêt, croisant des demeures somptueuses surplombant la baie.

Après quelques courses au supermarché du coin, nous rentrons jouer aux cartes en buvant un petit apéro et dînons d’un bon barbecue mitonné par Matthieu. Le ciel se couvre ; nous ne tardons pas à aller nous coucher, on avisera le programme de lendemain en fonction de la météo.

Posted in ...des parents, Finlande, Turku.

9 Comments

  1. Randonnée pour le moins compliquée… Il ne manquait plus qu’un ours à vos trousses et c’était digne d’un film catastrophe.
    Restez sur des chemins bien balisés. Ce sera plus rassurant pour vous comme pour nous.
    Cela dit, votre maisonnette rouge est bien jolie et vaut le détour.
    Bisous caniculaires!😘☀️

  2. Oh gosh j ai craint le projet blairwitch ! Je me voyais râler dans les marécages tellement c est bien écrit ❤️

    • Mais que tu es chouchoute toi 🌸 Vous êtes aussi en goguette avec Paul c’est ça ? J’ai vu vos photos, je crois que nous sommes plus ou moins sous la même latitude…

  3. Quel plaisir de vous lire!!!!! J’ai l’impression d’être un petit peu avec vous (sans les kilomètres dans les mollets 🙂 ) On t’en voudra pas si nous n’avons pas de carte postale vu le prix….Je préfére que lilix et Val mangent lol.

    Gros bisous

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