Kiitos Helsinki (merci), ce matin nous partons vers l’Ouest en direction de l’ancienne capitale Turku à travers la campagne et les forêts du sud du pays.
Le temps de rendre l’appart encore plus immaculé que nous ne l’avions trouvé, ce qui s’avère techniquement impossible, mais rien n’est impossible pour Elsa, elle refera les lits en plus joli, tiens ! et nous voici prêts à confier la clé à notre hôte Nils, pile à l’heure. Nils s’avère travailler comme chercheur en audio à l’université d’Helsinki… et comme il m’a reconnu on papote « son spatialisé »… le monde est petit quand même !
Nous partons acheter quelques cartes postales et trouver un bus pour l’aéroport où nous attend une voiture de location. 4 cartes et 4 timbres réclameront la vente d’un rein pour équilibrer le budget, mais nous voici bientôt confortablement assis dans le bus 600 non sans une polémique absurde avec les enfants. Ils s’insurgent sur l’existence de numéros de lignes de bus à 3 chiffres pour s’excuser de n’avoir pas su trouver l’arrêt par eux-mêmes… pourquoi pas.



A l’aéroport, Elsa se trouve une jolie casquette en solde, car sous ses airs de gentille lumière scandinave, le soleil tape un peu quand même. Ceci dit il disparaîtra le reste de la journée, vexé sans doute. Nous récupérons notre voiture, profitant au passage d’un méchant surclassement, on s’attendait à se serrer dans une Polo et nous voici en 3008.

Elsa prend le volant et nous voilà partis pour une petite heure de route jusqu’à notre destination : une cabane en pleine campagne. Nous quittons la ville, au fur et à mesure se multiplient les panneaux d’avertissement quant aux multiples bestioles susceptibles de traverser la route avec élan.

Les forêts succèdent aux lacs jusqu’à la bifurcation qui nous plonge en pleine campagne, dans une lumière grise et sous une pluie légère (notre appli météo est pourtant formelle : il ne pleut pas du tout… alors mystère puisqu’elle annonce une vraie pluie pour après-demain). L’ambiance tourne gentiment à la saison 2 de Walking Dead, immenses landes, granges en bois abandonnées derrière des massifs de bouleaux envahissants, engins agricoles orphelins et rouillés, volées de cageons au passage de notre véhicule, pas une âme à l’horizon.

Nous arrivons finalement très vite en vue de notre cabane, mais il est bien trop tôt puisque le rendez-vous est prévu à 18h. Nous poussons donc jusqu’au village suivant, encouragés par les 2 estomacs installés sur la banquette arrière, feux de détresse en marche !
Nous mesurons le concept de village à l’augmentation visible du nombre de maisons (de bois, magnifiques) qui s’agglutinent le long de la route, mais les kilomètres s’enchaînent sans jamais déboucher sur un quelconque centre bourg. Nous sommes un peu déboussolés. Finalement une supérette apparaît au détour d’un rond-point, puis deux, puis trois, on ajoute 3 coiffeurs et 12 restaus, 5 salles de sport et puis hop, c’est fini. « Pas d’église, pas de mairie ! » Elsa s’insurge sur cette incongruité et me somme de dénoncer le nom de ce bled sans âme. Nous sommes à Nummela. Nous jetons un œil rapide sur notre guide, ce bled n’y existe tout simplement pas. Ça promet.
Les avis Google dénoncent le meilleur restau du coin, l’AG grill. On le trouve sans mal au milieu du complexe des supérettes. En fait, ce sont 2 Algecos pacsés à la va-vite. Le menu de ce fast-food est intégralement rédigé en finnois, les prix également bien sûr, et nous voici rendus à commander des burgers « sur plan » sans trop maîtriser ce qu’il y a dedans hormis leur prix déjà foufou.

Nous n’avions pas encore relaté le désopilant achat de saucisses pour notre dîner de l’avant-veille ! J’avais été gentiment séduit par l’immense et racoleur logo « original » placé sur le paquet. Une fois les saucisses dans la casserole, juste au moment de jeter l’emballage, j’avais finalement aperçu un mignon picto « vegan ». Note pour plus tard : c’est vraiment pas bon.
Plus tard, c’est maintenant. Nos burgers s’avancent et le déjeuner commence. Valentin dévore 100% de son double truc avant de lorgner celui de sa sœur qui cale à 70%. Pour se dédouaner, Alix annonce que la viande a un goût bizarre. Elsa et moi qui croquons du bœuf transformé de manière tout à fait standard nous interrogeons sur le goût du fameux steak de renne ou d’élan. Après tout nous avons commandé un peu n’importe comment. S’organise alors l’épreuve « Cyril Lignac » où chacun donne son avis après une bouchée. Elsa statue rapidement : « Bon bah c’est un steak végétal, ma chérie. » Alix renchérit tout de suite « voilà, ça me rappelle les steaks au soja de mon semestre végétarien au collège ». Valentin ne dit rien, il est en train de terminer le burger en question.

Nous quittons Nummela en direction d’un autre bled, à quelques kilomètres, lequel promet une vue sur un lac et un plan d’urbanisme un poil plus engageant. Nous faisons halte dans un café face au rivage. L’ambiance chaleureuse, les peaux se mouton, la playlist de jazz et la plage quasi-déserte désignent exactement le genre d’endroit espéré.


Tandis qu’Alix et Val explorent le coin et s’essaient à l’ensemble des machines de musculation à disposition, Elsa et moi conversons avec un couple de moineaux.




Puis c’est l’heure, nous allons pouvoir prendre possession de notre cabane. Notre hôtesse nous a prévenu qu’elle laisserait ouvert et serait absente. Nous découvrons le lieu en toute autonomie. La cabane jouxte 2 maisons, un bois et de grandes prairies. Blague du jour : pas de douche. Le coin salle d’eau comporte un WC et lavabo en taille XS. Il y a bien le tuyau d’un jet d’eau dehors, mais la motivation n’est pas là.



Nous partons explorer le bois, au bout de quelques mètres, sitôt dépassés les espaces « cabanes » des enfants du hameau, la progression s’annonce déjà difficile. Pas vraiment de sentier, beaucoup d’anarchie dans la pousse des sapins et des bouleaux, quelques roches vermoulues recouvertes de mousse, cette forêt finlandaise ne ressemble pas du tout aux nôtres.



Le soleil descend gentiment, nous jouons aux cartes pendant une bonne heure. Au bout de 20 ans, j’arrive à faire jouer Elsa à la manille pour la première fois !

Nous bricolons un sandwich du soir en décidant où nous irons demain… puis c’est l’heure du coucher, les enfants grimpent dans leur perchoir, la forêt assombrit les alentours, le silence s’impose partout.