Yosemite, California – 16 et 17 avril

Yosemite, c’est peut-être le plus beau parc de Californie, grand comme un département français.

Atteindre son cœur touristique se mérite, de notre motel de Merced pourtant situé à 80 km de l’entrée du parc, il faut compter deux heures de route et s’attendre à bouchonner sous les pins pendant les 30 derniers km, sous l’effet conjugué d’une météo clémente et de Californiens en week-end affamés de grands espaces.

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3 modes de visites se juxtaposent :

  • les pique-niqueurs, ils stoppent où ils peuvent le long de la route à sens unique qui trace une boucle de plusieurs dizaines de kilomètres dans la vallée. De là, ils s’enfoncent quelques mètres dans la nature, se posent et repartent en fin d’aprem, à l’arrivée des moustiques ;
  • les randonneurs, dont nous sommes, qui se renseignent sur l’état des sentiers (ici c’est fermé pour remise en état du chemin, là parce qu’on y a découvert des nids de faucons, là-bas à cause de la neige encore trop présente sur les hauteurs…) et s’embarquent pour une grimpe d’au moins 4h pour admirer les cascades et chutes d’eau impressionnantes au printemps ;
  • Les campeurs, lourdement harnachés, qui partent fringants à la mi-journée, croisant les randonneurs en pleine descente, pour mieux jouir de leur soirée sur les cîmes, en comité restreint. En effet, à l’étage supérieur (800 mètres plus haut), plateaux, forêts et torrents sauvages s’offrent aux initiés, à l’écart de tout, avec pour seule compagnies quelques familles d’ours et de pumas.

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Pour cette première journée à Yosemite, nous n’arrivons pas très à l’heure. Le temps de trouver quelques sandwichs pas bons, une place miraculeuse pour la voiture 3 km plus loin, nous perdre, nous retrouver puis deviser… Nous voici partis sur la promenade de la grande cascade, celle-là même qui faillit dégoûter Elsa de la marche en montagne il y a 4 ans. La grande différence cette année, c’est qu’il n’est pas question de s’enfiler les 800 mètres de dénivelé avec Titi et Rominet, nous visons seulement la mi-course avec son panorama sur le 1er « étage » de la plus grande chute d’eau du parc.

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Les enfants bondissent de rocher en rocher tant que nous fréquentons le plat chemin de liaison jusqu’au départ de la grimpette. Nous croisons des cordées d’alpinistes qui se testent sur quelques petites falaises granitiques, sans doute avant d’affronter le terrible El Capitan, mythe imposant à l’entrée de la vallée.
À partir du moment où nous enclenchons la montée, à coups de marches inégales taillées dans la roche, les enfants réclament des pauses rafraîchissantes toutes les 3′. Il faut un bon moment pour trouver notre rythme, cependant à chaque arrêt nous admirons, béats, la vallée rapetisser à nos pieds.

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Tout en craignant un coucher de soleil trop rapide qui nous occasionnerait une redescente dans le noir, nous atteignons finalement le point de vue tant attendu face aux embruns nourris de la grande cascade.

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Après une courte pause photos nous rebroussons chemin droit dans la pente, celle qui a l’art de réveiller des douleurs sur d’autres muscles.

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Nous regagnons la vallée, toute dorée par le coucher de soleil, et reprenons la route en direction de Merced, pour y passer notre deuxième nuit.

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Le réveil sonne plus tôt le lendemain, pour ne pas risquer de reproduire notre arrivée tardive à Yosemite. Je pars à la recherche d’une laverie, d’une station service et d’un supermarché pour y acheter notre pique-nique du midi tandis qu’Elsa et les enfants prennent le frugal en-cas proposé par le motel. En 1 heure j’aurai accompli ma mission, ramenant 10 kilos de linge propre et de quoi fabriquer nos meilleurs sandwichs de ce côté-ci du pacifique. Nous roulons en terrain connu vers le parc pour notre deuxième journée de rando.

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Après une nouvelle quête délicate d’une place de parking – finalement ombragée, ça valait le coup de tournoyer 30′ – nous avalons notre pique-nique à l’ombre des pins. Nous apercevons notre premier daim sauvage, mais bon tant pis, nous n’avons plus faim.

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Notre choix de rando se porte ensuite sur les Verna Falls, des chutes d’eau nichées au fond de la vallée. Ça ne fait pas semblant de grimper, et le ravin à notre droite devient de plus en plus abrupt. Nous sommes loin d’être seuls, ce sentier panoramique reste le plus fréquenté du parc.

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Nous arrivons aux chutes les cuisses en feu en raison du cumul de nos deux balades en moins de 24h. Alors nous décidons de ne pas en rajouter malgré la promesse de plus beaux panoramas à l’étage supérieur. Au contraire, nous voulons garder du temps pour traverser le parc en diagonale et rendre visite à des séquoias géants. Le plus beau site de séquoias, Mariposa Grove à 40 km au sud, est malheureusement fermé pour rénovation pendant toute l’année. Nous partons donc plein nord, vers deux sites de secours.

En nous garant au départ de cette nouvelle rando, nous nous jetons sur un petit tas de neige à l’abri des pins, et dire que nous avions failli passer un hiver sans boule de neige ! La balade s’annonce bien, en pente douce descendante sur un sol couvert d’aiguilles rousses. Gros contraste : nous sommes pratiquement seuls. Les enfants commencent à redouter les ours quand nous lisons un panneau invitant les promeneurs à rester groupés et ne pas laisser d’enfant seul à l’avant ni à l’arrière… Ici c’est surtout le terrain de chasse des pumas. J’autorise pour la première fois les enfants à ramasser un bâton. Valentin choisit un bon gourdin (« avec ça on ne risque rien » dit-il en manquant de peu mon occiput) quand Alix choisit une mignonne baguette de chef d’orchestre (« au pire, je lui piquerai les yeux ! »).

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Ceci est un pin

Notre équipée parcourt les deux premiers miles avec légèreté quand soudain Elsa réalise que la voiture n’est sans doute pas fermée (seuls les possesseurs de cartes main-libre peuvent nous comprendre, à l’heure de reprendre le pli des clés physiques). C’est donc l’heure d’une douloureuse séparation, Elsa – qui a un peu froid – rebrousse chemin pour récupérer son sweat et fermer la voiture tandis que les enfants et moi entamons une longue descente vers la Merced Grove, où les séquoias sont sensés s’ébattre. Arrivés tout en bas, c’est la déception : 6 séquoias calés derrière une barrière, un écureuil qui s’enfuit et puis c’est tout. Bon, Elsa ne ratera rien, 3 photos et 2 piqûres de moustique plus tard nous remontons le sentier à sa rencontre.

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Ceux-ci sont des séquoias, plus particulièrement les 3 de derrière

En chemin, prévoyant une fatigue soudaine d’Alix devant la pente raide, j’attaque avec elle une partie de « ce matin, dans mon panier j’ai acheté… ». A sa demande, on passe le jeu en VO, ce qui donnera « This morning, in my basket, I put… » suivi 10 minutes plus tard d’une chaîne de 15 articles fleuris tels qu’une beautiful pink dress ou un ugly little monster. Ce cours d’anglais improvisé nous abstiendra de toute pause, et c’est tout guilleret que nous grimpons en voiture pour une longue chevauchée à travers la Californie. Du nord de Yosemite jusqu’à Los Angeles, 5h de route nous attendent.

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La descente vers la plaine, sous le soleil couchant, nous laisse découvrir une région toute verte où des troupeaux de vaches paissent dans d’immenses parcelles vallonnées, de l’herbe jusqu’au garrot. Je révise immédiatement mon jugement hâtif sur les conditions d’élevage américaines, nourri par les reportages en caméra cachée saisissants dans les « usines à viande » du Middle West. Ici, au contraire, une vache californienne semble bénéficier de cent fois plus d’espace que nos Charolaises. En revanche ce qui me surprend, ce sont les gigantesques panneaux peints en rouge à la main, portant la mention : Pray for rain. L’idée que l’eau puisse manquer ne saute pas aux yeux, et pourtant il faut se souvenir des crises de l’eau chaque été pour mettre un terme aux règles des quotas hérités du siècle dernier. En Californie, ces quotas rendent la répartition des ressources naturelles souvent inéquitable et parfois même sournoise. Par ailleurs, l’idée que la majorité des sources d’eau du nord de l’état servent à arroser Los Angeles au sud, et notamment ses nombreux terrains de golf, fait trembler le capitalisme sur ses bases.

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Ironie du trajet, c’est à Merced que nous ferons halte pour dîner. Ce diner restera dans nos mémoires devant la taille des desserts proposés en vitrine à l’entrée, chaque portion pouvant nourrir aisément 4 Français adultes. Nous opterons pour 2 quarts de portion.

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La nuit tombe, nous roulons droit devant, passant Fresno puis Bakersfield avant de chercher un motel en banlieue de Los Angeles. Il est 3h du matin, nous nous collons à un fast-food noctambule pour bénéficier d’une connexion wifi et alignons plusieurs échecs à la suite, la plupart des motels ne répond pas, ou bien en espagnol, ou encore mieux, décroche et pose le combiné. Nous repartons à la pêche le long des freeways désertes de 2 x 6 voies, pour finalement tomber sur un Motel6 à Santa Monica, qui voudra bien de nous au pied levé. Ouf, notre autonomie nerveuse atteignait ses limites. Nous transbordons les enfants dans leur lit et sombrons vite fait.

Posted in ...des parents, USA, Yosemite.

11 Comments

  1. Magnifique, époustouflant! Ces paysages sont propres à vous nourrir spirituellement pour des mois et des mois. Une plongée dans une telle nature vous procure sans doute un bonheur intense. Nous sommes heureux pour vous! Gros bisous affectueux.

    • Il y a les balades en voiture, indispensable quand les sites sont éloignés de 100 bornes dans un même parc, et les balades à pied Que nous préférons largement. Alors quand on en trouve une où il faut grimper avec ses mains, passer devant des ravins et se perdre dans des cirques montagneux dans un silence total, on mesure notre chance !
      Gros bisous

    • On pourrait presque te rapporter tout d’un coup. On galère juste sur la recette de la tarte au puma, il nous faut encore une dizaine de jours de pratique. Gros bisous Béa

    • Je me mets au cheese cake dès mon retour, c’est génial ce gâteau, c’est tellement frais que t’as l’impression que ça n’a aucune incidence (alors qu’en vrai ça tabasse)

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