Le son du gamelan – 15 mars

Compte tenu du lourd programme de la veille, nous optons à l’unanimité pour une journée « farniente », que la température élevée et la nonchalance ambiante de l’île semblent plébisciter. Nous nous levons mollement, déjeunons paresseusement (petits sandwiches au fromage, goyave fraiche et thé au gingembre), et nous installons sous le ventilateur pour une session de travail scolaire.

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Vers 14 heures, la faim nous pousse à fermer les bouquins et éteindre les ordis, et nous grimpons dans la voiture de Ketut, direction le centre d’Ubud, en croquant rapidement quelques gaufrettes au chocolat (vite : le chocolat, ça fond). Nous nous accoutumons difficilement à la chaleur, c’est pourquoi nous projetons d’aller visiter un musée ; séduits par l’idée d’approfondir nos connaissances sur l’art traditionnel balinais dans un bel espace… que nous espérons climatisé. Perdu : le musée est composé de quatre bâtiments ouverts sur un jardin d’une beauté irréelle ; pas de climatisation ici mais de gros ventilateurs brassant un air surchauffé. Nous sillonnons les salles sous une chaleur étouffante, mais prenons tout de même le temps d’admirer les tableaux, pour la plupart traitant de sujets religieux et de scènes de vies paysannes. Les dieux belliqueux se disputent les faveurs de belles princesses, les rois se battent à mort pour leur honneur, les calendriers construits comme des BD égrènent les nombreuses fêtes religieuses à célébrer (près d’un jour sur deux est férié à Bali pour cause de célébrations diverses et variées) ; c’est un régal pour les yeux, même si la logique de tout ce folklore nous échappe parfois. Les maîtres de la peinture balinaise ne sont pas tous des gars du cru ; de nombreux européens se sont appropriés les techniques picturales traditionnelles au cours du XXème siècle, entraînant l’art balinais dans un système mercantile auquel personne ne trouve à redire tant il a permis la sauvegarde des vieilles oeuvres et l’éclosion de nouveaux courants.

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Ruisselants, nous enchainons les salles, devant lesquelles s’ennuient doucement des gardiens en sarong. L’un deux, à notre approche, écrase sa cigarette et s’assied en tailleur devant un gamelan en bambou posé là. Il s’agit d’un instrument évoquant un xylophone, mais à la place des touches sont suspendus des demi-rondins de bambou de tailles décroissantes. Le gardien empoigne deux baguettes, et, dans un sourire d’invitation, se met à jouer une mélodie simple et alambiquée à la fois. Le son qui s’échappe de l’instrument évoque des gouttes de pluie tombant des feuilles, nous sommes captivés par sa musique, elle nous rafraichit littéralement. Alix et Matthieu écoutent un peu, puis rapidement partent s’installer à une table du café du musée, en quête d’un rafraichissement. Mais Valentin, musicien percussionniste passionné de son état, ne peut se détacher de cette pluie de notes et s’installe sur une marche, tournant le dos au joueur de gamelan par pudeur, et écoute la mélodie les yeux clos, oscillant entre le frisson que lui procure la musique et l’envie d’en commenter la technicité (« t’as entendu maman ? C’est chaud ce qu’il vient de faire »). Je reste à ses côtés, émue par la beauté de mon fils qui savoure la musique ; petit moment de félicité, dont nous sortons comme d’une sieste.

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Nous rejoignons Alix et Matthieu, sirotons un soda, et réfléchissons un peu au programme de l’après-midi. Se taper une glace deux boules semble être notre prochaine étape, et nous nous laisserions bien tenter par un massage. Alix, excitée par cet alléchant dessein, s’agite et laisse choir son verre au sol. Nous la grondons mollement (nous sommes très mous aujourd’hui), et lui inculquons les phrases d’excuse de circonstances en anglais, avec pour consigne d’aller les répéter au personnel du café. Elle quitte la table, contrite et honteuse, et revient tout sourire : les serveurs, attendris par cette jeune beauté blonde soooo cute, l’ont de suite pardonnée, et félicitée et câlinée et réconfortée et bisouillée ; c’est chouette de faire des bêtises quand on est une Lilix !

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Nous quittons le musée, achetons la glace deux boules tant attendue, et nous promenons dans le grand marché d’Ubud. Nous voyons les statues en tek et tout l’artisanat que nous pouvons trouver à prix d’or dans les boutiques spécialisées en france ; ici, ça ne coute pas grand-chose, et nous nous retenons de craquer pour des bibelots qui alourdiraient considérablement notre paquetage. Puis nous nous mettons en quête d’un salon de massage qui nous accepterait tous les quatre ; pas facile, car même si les salons sont légion ici, ils sont tous petits ou déjà pris d’assaut par des touristes alanguis.

Sur les conseils d’un couple d’Australiens ayant l’air aussi heureux que huileux, nous prenons place dans un spa qui accepte de nous recevoir deux par deux. C’est d’accord, mais ladies first ! Alix et moi nous dévêtons et nous installons. C’est parti pour une heure de massage balinais, moins tonique sur les points d’acuponcture que le massage vietnamien, mais tout aussi sportif sur les palpés/roulés. Alix a le droit à une version « poupoule », plus douce, qui la plonge dans un sommeil de bien-être laissant sporadiquement échapper un ooooh de contentement. Moi, en revanche, j’ai l’impression que ma masseuse, une jeune fille pourtant gracile, tente de faire rentrer ma cellulite sous ma peau avec une force herculéenne, ouille, ça fait du bien mais ça fait mal, aïe, oh oui, ouille. Nous sortons de là avec des jambes ayant la consistance de nouilles trop cuites et acceptons volontiers le verre d’eau glacée que l’on nous tend. Matthieu et Val sont encore entre les mains expertes de leurs masseuses ; Alix et moi engageons alors la discussion avec les jeunes filles présentes. Echange d’amabilités d’usage, puis soudain Alix décrète qu’elle souhaite être masseuse plus tard, « parce que les massages ça fait trop du bien au corps ». Les jeunes filles gloussent, Alix ne se démonte pas ; elle se lève d’autorité, me fait traduire en anglais « à mon tour de vous masser maintenant », et entreprend de masser sa masseuse, à qui manifestement on n’avait jamais fait ce coup-là. Les flashes crépitent, les jeunes filles rient et se tortillent, car les massages d’Alix évoquent une petite bête qui vous gratouille l’omoplate : « c’est la technique française, elles rigolent parce qu’elles ne sont pas habituées » dit Alix qui décidément n’a absolument peur de rien. Matthieu et Val arrivent à ce moment-là, avec les jambes ayant la consistance de jelly anglaise, et comme les moustiques deviennent un peu trop entreprenants, nous prenons congé.

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La nuit est tombée, Ubud s’illumine. Les badauds se sont délassés et faits beaux, la soirée commence… Matthieu nous emmène dans un superbe resto, où deux musiciens en sarong jouent du gamelan en bambou dans l’indifférence générale. Aussitôt attirés par leur musique, Valentin et Alix se scotchent devant, méprisant leurs cocktails de fruits frais juste servis. Les musiciens, ravis de ce petit public, enchainent les rythmes compliqués, partent dans des directions harmoniques différentes et se retrouvent en douceur ; quel régal ! Les enfants, fascinés, n’en perdent pas une miette ; Valentin tapote les rythmes de ses deux mains sur ses cuisses. Le morceau est fini, les musiciens se lèvent et invitent les enfants à s’asseoir. Sans hésitation, ils prennent place et commence alors un petit cours de gamelan au milieu du resto. Les enfants, Valentin surtout, apprennent vite, et en quelques minutes ce sont eux les musiciens. Les joueurs de gamelan rient et les félicitent, heureux d’avoir pu partager leur art avec des élèves aussi appliqués. Nos plats sont arrivés ; nous nous jetons sur nos poissons parfumés comme si nous avions faim.

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C’est l’heure de rentrer ; nous fixons un rendez-vous à Ketut et l’attendons en comptant le nombre de geckos galopant sur l’enseigne lumineuse qui nous fait face (14 geckos ce soir, joli score). Nous rentrons doucement dans la fraicheur de la nuit, notre dernière nuit à Ubud. Demain nous partons pour le nord de l’île, il faudra se lever tôt pour boucler nos gros sacs. Les enfants s’endorment vite ; nous les suivons de peu.

Posted in ...des parents, Bali, Indonésie, Ubud.

10 Comments

  1. Cette journée forte en émotions me fait transpirer ouille… j’espère que Matthieu a réussi à enregistrer Alix et Valentin au gamelan (je n’ai aucune idée du son de cet instrument). Vos photos sont toujours magnifiques (et là aussi invitent à la découverte) Bises mes chéris

    • Oui ma Béa, on a enregistré un peu de gamelan. C’est un son très rond, très agréable. Nous profitons à fond de Bali, de vraies vacances qui retapent. Ça fait du bien après la frénésie du Vietnam… Je t’embrasse

  2. Première excursion pr nous au Costa Rica, volcan, chutes, pont suspendu et sources chaudes au programme.
    On vous embrasse
    H.
    Ps : j ai hâte d’avoir un massage d’Alix.

    • Wahou vous êtes en mode sportif !!! Éclatez vous bien les amis ! Et pas de problème, si vous revenez courbaturés, Alix vous fera un de ses massages « à la française » dont elle a le secret (attention, ça gratouille et ça chatouille!). Bonnes vacances à vous

  3. quel bonheur de vous lire! on a imprimé et relié les pages d’Alix et valentin et les lisons en famille chaque semaine. On vous suit donc de près!Les enfants s’émerveillent et apprennent plein de choses grâce à vous! Bisous

    • C’est super de rassembler les écrits des petits ! Très bonne idée. Nous espérons que tout roule pour vous les petits meylinois. Grosses bises de nous 4

  4. salut les voyageurs,
    vous chômez pas les gars !
    félicitation pour votre blog on vous suit avec délectation (ça se dit ça ?) et grand plaisir ! vous nous retranscrivez tellement bien vos pérégrinations et vos émotions qu’on a l’impression de vous accompagner telle une petite souris dans vos bagages. les photos sont superbes. c’est vraiment un beau et excellent voyage que vous faites là.

    juste une suggestion de grimpeur, une petite séance d’escalade pour Alice pour garder la forme. ça peut être l’occasion d’une belle balade sportive dans un site naturel exceptionnel et hors des sentiers battus. m’enfin je dis ça je dis rien, vous avez déjà un emploi du temps plus chargé que la moyenne…

    bonne continuation et bon voyage

    • Salut Antoine, merci pour ta bafouille, ça fait super plaisir ! J’espère que de votre côté la maison avance comme vous le souhaitez… Avec l’arrivée des beaux jours ça va devenir plus facile pour vous je pense. Concernant ton conseil c’est vrai qu’on ne s’est pas rencardé sur les parois du coin mais c’est sur qu’il y a de quoi faire… Pour l’heure on est plus branché snorkeling, trop chouette d’observer les petits poissons multicolores! J’ai bien hâte de vous revoir, autour d’une bonne bouffe si possible… On vous embrasse bien fort, a bientot

  5. Hey les enfants, c’est super grave : vous avez attrapé le virus du nez citron !
    L’entrée ainsi au Japon ne sera pas admise.
    La solution : une cure de jus de jambu
    Biz les trotters

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