Le parc naturel de Cat Ba – 9 mars

Réveil à 7h, nous tendons le dos, comment va Alix ? Pas génial du tout, elle a certainement de la fièvre. Nous pensons annuler notre visite du parc naturel, mais elle insiste pour venir. Elle s’enfile un doliprane entre deux bouchées de pan-cake. Comme nous avons réservé un guide privé, nous nous rassurons sur la possibilité de tout stopper en cas de besoin.

Notre véhicule s’élance vers l’entrée du parc naturel. Un ancien village, déplacé depuis pour les besoins de création du site, accueille quelques bâtiments administratifs, une boutique, les locaux des « rangers » du parc ainsi qu’un restaurant. Tous les autres se transforment peu à peu en ruines, il faudra encore une bonne trentaine d’années pour leur donner un look raccord avec la jungle. En attendant l’adjectif « lugubre » s’impose. Alors concentrons-nous sur les jolies plantes.

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Alix – passablement molle – commence la ballade sur les épaules d’Elsa. Le guide annonce le programme : « on va monter sur le pic rocheux, là, vous verrez la vue est imprenable sur le parc ». Echange de regards avec Elsa, lequel de nous deux va rester ici à faire un bouquet de fleurs avec Alix ? C’est elle qui répond, depuis les épaules de sa mère : « chouette, j’adore l’escalade ! ». 100 mètres plus loin Elsa me la passe, et nous démarrons la montée. Au bout de 5 minutes notre guide nous propose : par là c’est un raccourci mais ça grimpe dur, par ici c’est plus long et plus doux… Alix saute à terre et s’engage dans le chemin difficile, oubliant tout le reste. En effet ça grimpe sévèrement, il faut mettre les mains et ne pas oublier de respirer à fond. Pause désaltérante toutes les 10 minutes, pause-photos également, pour ne pas laisser notre guide penser que nous n’arrivons pas à suivre son rythme.

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La jungle nous aspire, nous apprenons que plusieurs espèces venimeuses de serpents l’habitent et y circulent chaque nuit, Valentin commence à adorer ! Nous croisons un « crabe des montagnes », Elsa le qualifie rapidement de « pire cauchemar de Mélanie », supputant que si Mélanie habite désormais à la montagne, c’est en grande partie pour éviter de croiser un crabe !

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L’ascension se poursuit, nous gravissons tantôt des marches en dur, tantôt des marches naturelles constituées des nombreuses racines traversant le chemin. Au bout d’une bonne heure avec Alix en tête – jamais découragée – nous atteignons la tour d’observation du pic !

Une vue à couper le souffle ! Nous en profitons une quinzaine de minutes.

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La redescente s’avère également très sportive, nous glissons souvent sur les pierres humides et moussues. Alix pète la forme, étonnante cette fillette et son virus. Notre guide nous désigne l’arbre dont on fait les baguettes avec lesquels nous mangeons tous les jours. Son bois clair change de couleur et tire vers le marron/noir si la nourriture contient un poison d’origine naturelle (animal/végétal), c’est ainsi qu’il s’est imposé pour la confection des baguettes. Nous apprenons que son nom vient d’un conte qui se finit mal, façon Roméo et Juliette (Kim & Giao). J’en déduis un certain romantisme à considérer les baguettes par paire assortie.

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Nous rejoignons l’entrée du parc en améliorant nos connaissances en botanique, découvrant les feuilles « oreilles d’éléphant » aux mille vertus, hormis celle de pouvoir figurer dans un herbier, ainsi que le représentant local du velcro naturel, qui amuse beaucoup les enfants.

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Nous quittons le parc en direction d’une grotte célèbre, la grotte « hôpital », ainsi dénommée par les Viet-congs qui en firent un hôpital secret du temps de la guerre contres les Américains. Avec l’aide des Chinois, ils ont investi une immense cavité naturelle, y construisant un bâtiment en béton armé de 3 étages, caché dans la montagne. Plus d’une centaine de blessés pouvait y être soignée, opérée, réhabilitée. Grâce à une ouverture sur chaque versant du piton rocheux, la ventilation naturelle est assurée.

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Retour à Cat Ba, Alix tient toujours le choc. Nous déjeunons, récupérons nos sacs tranquillement, puis partons attraper l’hydrospeed de 16h. Ce hors-bord couvert nous emporte à Haïphong, à 45 km de là, en à peu près autant de minutes. Un taxi plus loin nous voici à l’aéroport d’Haïphong, pile à l’heure pour embarquer vers Ho Chi Minh Ville.

La salle d’embarquement de ce petit aéroport est remplie à ras bord. 4 vols vers Ho Chi Minh sont prévus dans l’heure. Le tout premier charge ses passagers. L’airbus vient ni plus ni moins se placer devant la vitre de la salle d’embarquement. Nous sommes sur le vol suivant. L’attente, pénible, s’allonge. Nous n’entravons rien aux annonces. Un morceau d’anglais s’échappe soudain des haut-parleurs : « problèmes météo ». En effet dehors les palmiers ondulent sous la brise et un petit crachin fait du bien. Pas de quoi fouetter un airbus me dis-je. Soudain une nouvelle annonce – en Vietnamien bien sûr – met la pièce en émoi. Tout le monde rouspète et la moitié de la salle quitte les lieux. J’avise une passagère consultant son smartphone en anglais. Elle m’explique que la compagnie VietJet annule tous ses vols vers Haïphong à cause de la météo et les déroute sur Hanoi, elle rajoute – avec sa petite idée derrière la tête – que c’est toujours ainsi avec les compagnies low-cost, alors qu’elle, sur Vietnam Airlines, n’a jamais ce genre de désagrément… d’ailleurs pourquoi son vol n’est pas annulé alors qu’il fait le même parcours ? Je lui explique que nous volons sur VietJet, elle prend un air compassé.

Je me mêle à la foule qui m’emporte jusqu’aux guichets de Vietjet. Juste à côté, celui de Vietnam Airlines savoure le foutoire intersidéral de son concurrent. Dans cette nouvelle épreuve épique qui s’offre à nous, j’apprendrai 2 choses :

  1. dans la difficulté, le Vietnamien devient sans pitié, il n’hésitera pas à escalader une mamie et planter sa valise sur un jeune enfant pour passer devant ;
  2. dans ces conditions, mesurer 1 mètre 75, si ça peut paraître tout juste en Europe et trop juste aux US, ici ça reste un avantage indéniable pour s’imposer et glaner les 20 cm de longueur de bras nécessaire pour brandir ses papiers sous le nez de l’hôtesse !

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J’obtiens les renseignements voulus : où sont nos bagages, comment les récupérer, quel car prendre pour rejoindre Hanoi et vers quel heure notre décollage d’Hanoi est prévu. Loin de là l’idée d’avoir gagné au loto, mais dans un monde devenu fou, je savoure l’instant.

La cohue se répète à la montée dans le bus. Les chauffeurs font la loi, épaulés par les officiels en tenue kaki et casquette assortie. « Désolé ce bus-là est réservé pour les passagers de Vietnam Airlines », je me retourne et retrouve mon « indic » de la salle d’attente, la mine sombre, contrainte de se cogner le même périple que les gueux de Vietjet. Un officiel nous indique le bus suivant, j’y charge nos sacs à dos, aussitôt recouverts d’une montagne de valoches. Tout le monde grimpe dans le bus avec frénésie comme si c’était l’arche de Noé, nous n’en revenons pas. Au moment où Elsa pose son pied sur la marche, un homme intervient et nous refoule vivement, il ordonne au chauffeur de virer tous les VietJet et ne conserver que les Vietnam Airlines à bord de son bus. Le chauffeur regarde les cartes d’embarquement récupérées auprès de tous ceux qui sont montés sur ses pieds avant d’atteindre le fond de son bus et d’y planter la tente ! Pas de chance, il n’a que des VietJet dans son jeu. Le vilain type sur le trottoir lui colle un savon. Le chauffeur regarde ailleurs. Je songe à alerter l’officiel kaki qui nous a enjoint à monter à bord pour qu’ils s’expliquent entre eux. Le vilain type poursuit son savon en tenant Elsa à l’écart du marchepied, je scrute le chauffeur, il a le regard mort et attend que ça passe, il adopte une position « bras ballants » qui commence à décourager son interlocuteur. Le vilain type tourne les talons et poursuit son sermon en direction d’un nouveau flux de voyageurs, immédiatement le chauffeur rallume son regard, s’efface et s’empresse de faire monter à bord une trentaine de VietJet supplémentaires ! Nous sommes au complet, le bus démarre.

2 heures plus tard on nous dépose à l’aéroport d’Hanoi. La clim insupportable imposée pendant le voyage, ainsi qu’une assourdissante production télévisuelle humoristique tournée avec les pieds, nous poussent dehors avec soulagement. Il est 23h30, il fait 10 degrés de plus à l’extérieur, nous décongelons. Les enfants sont affamés, nous devrions déjà avoir diné et être au lit à Ho Chi Minh Ville, nous achetons les derniers sandwichs du terminal.

A minuit nous décollons, à 2 heures du matin nous atterrissons. 40 minutes plus tard nous récupérons les bagages. Les enfants dorment à chaque station.

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Nous atteignons la guest-house de nos tous premiers jours au Vietnam vers 3h15, notre hôte ne nous attendait plus et nous propose le dortoir désert du 6ème étage en attendant de retrouver notre chambre familiale le lendemain matin. 6 étages sans ascenseur, pourquoi pas ? Alix flanche arrivée au 2ème, je redescends la chercher. Tout le monde est endormi vers 4h. Quelle épopée !

Posted in ...des parents, Ha Long, Vietnam.

2 Comments

  1. Cette jungle luxuriante rencontrée me fait penser à Basse Terre et tout particulièrement aux chutes du Carbet.
    Quant au crabe fluo, il est total sorti de la mangrove vietnamienne.
    Beaucoup de glissades et d’escalade mais une fois au sommet, quelle vue ! Mazette

    • Oh oui, c’était terrible ! Un éden magique mais un peu inquiétant… Comme il faisait très chaud, on s’amusait à secouer les jeunes arbres pour en faire tomber la rosée rafraîchissante, en mode Tahiti douche… Jusqu’à ce que notre guide nous prévienne que l’on risquait aussi de se faire choir sur l’épaule un joli serpent arboricole (« Eux dormir, très très poison »). Du coup on a arrêté nos âneries et continué la balade en trouvant d’autres jeux….. Un super moment. Grosses bises les nantais

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