Last Vegas – 1er mai

Ce matin, nous quittons notre bel hôtel, puis Saint George, puis l’Utah avec un pincement au cœur. Voilà près d’un mois que nous parcourons le grand ouest sans jamais nous lasser du spectacle fabuleux des paysages, et l’heure du grand départ approche.

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Après une session studieuse avec les enfants pour profiter de leur concentration matinale, nous montons dans notre Hyundai pour notre dernière « grosse » virée et savourons chaque seconde de ce final trip de 150 miles. Tandis que Kurt Cobain hurle à nos oreilles et que la route défile, nous gardons tous les quatre un silence pudique, le cœur serré de quitter « nos » montagnes ocres-rouges, « nos » cactus rigolos, « nos » buissons qui roulent-boulent au travers de la route.

Les enfants se taisent, les yeux dans le vague. Quand on y pense, ces deux-là n’ont pas, contrairement à nous, la tête pleine d’archétypes et de clichés sur les US ; ils ont découvert le pays de l’Oncle Sam en direct live, avant même d’avoir été véritablement biberonné à la pop culture américaine. Que restera-t-il de tout cela ? Ressentent-ils l’ivresse, l’ineptie, la poésie, la brutalité, la liberté, la drôlerie, la violence, la beauté qui émanent des US ? Sans aucun doute. Mais via leur petit prisme joli, et c’est encore mieux. Je conduis, pas trop vite. Je savoure. Une paisible ébullition dans la tête et les yeux aux aguets, je photographie mentalement tout ce qui m’entoure. Matthieu semble dans la même mouvance. Nos yeux se croisent parfois ; sourire. Bye-bye le désert, ce n’est qu’un au revoir. C’est certain : we’ll be back.

L’heure de la contemplative poésie est révolue : nous revoilà à Vegas, alors on arrête de faire des phrases, on met notre tee-shirt rose à strass « I’m the perfect bitch » et on va twerker au bord de la piscine ! Nous sommes tous les quatre hyper contents de retrouver pour la troisième fois en un mois cette ville que nous apprécions chaque fois un peu plus. Nous avons la sensation de goûter Vegas de la meilleure manière qui soit : par petites doses fortes et intenses, un peu comme des shots de tequila (comparaison non contractuelle).

Cette fois-ci, en plus, il y a une cerise sur le cheesecake : nous avons rendez-vous avec Simon, Vanessa et leurs trois enfants, nos nouveaux copains du bout de monde rencontrés à San Francisco. Grâce à une communication quasi biquotidienne entre Matthieu et Simon (qui nous fera doucement pouffer Vanessa et moi, et pourtant se moquer en ricanant c’est pas trop notre genre), il est prévu que nous nous retrouvions tous pour deux nuits dans le sobre et élégant hôtel Excalibur.

Après un déjeuner absolument dégueulasse dans un Wendy’s crasseux sur une table graisseuse dans un quartier glauque entourés de gens bizarres (je noircis un peu le tableau mais moi je voulais aller chez Denny’s et j’ai perdu à 3 voix contre 1 au vote à main levée alors je boude), nous repartons, objectif laundry pour laver une dernière fois les oripeaux que nous portons depuis bientôt 3 mois.

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C’est Matthieu qui s’y colle, avec les enfants qui ont consigne de travailler la production d’écrits (ohhhh noooon !), tandis que je me prends une petite heure pour m’adonner à mon nouveau péché mignon : aller chiner au Wallmart, qui est objectivement la meilleure grande surface de l’univers.

Le Wallmart. J’adore ; j’ouvre grand mes yeux de petite frenchie et je savoure. Les pots de pickles de 40 litres, les ustensiles et autres gadgets qui servent à faciliter presque honteusement la vie, le rayon des babioles patriotiques, celui des barbies (blondes et brunes of course mais aussi asiatiques, latinas, métisses ou noires d’ébène, comme on n’en trouve pas très facilement en France), le coin des magazines people, les produits conditionnés dans des proportions gigantesques, le rayon pharmacie où l’on trouve un hallucinant panel de médocs (la plupart sur ordonnance en France), et les fringues et les confiseries et la lingerie et le coin des super-héros… Et puis, bien sûr, les gens ! Ceux qui s’apostrophent, qui se disputent, qui papotent, qui adoptent des postures, qui s’entraident, qui jettent leurs papiers par terre. J’observe les looks, les démarches (le fameux « déhanché de cervicales » ricain, you see what I mean?), les corps et les visages, le contenu des caddies, les contacts entre les gens, les marques de politesse et l’incivilité crasse. Aussi bizarre que cela puisse paraître, je m’éclate vraiment au Wallmart car j’y vois véritablement les US, à plus forte raison qu’ici j’ai sous les yeux les habitants du « vrai » Vegas, ceux qui y vivent, qui y travaillent, qui y élèvent leurs enfants. Je donne à la fois dans le sociologique et dans le pur récréatif, car enfin je suis totalement séduite par la profusion des choses et volontiers dupe des paillettes omniprésentes – sans perdre de vue que hein, bon, voilà, mais hors de question de bouder mon plaisir.

Je retrouve la Mère Denis flanquée de ses deux acolytes et nous nous mettons en route vers le Strip. Comme il est encore un peu tôt pour le check-in (la prise de possession de la chambre d’hôtel), Matthieu me fait un petit plaisir et nous emmène dans le salon de tatouage de Cleen Rock One, un (excellent) tatoueur qui me fit rêver dans un télé-crochet hautement intellectuel sobrement intitulé « Ink Master ». Je mitraille la devanture de la boutique ; me voilà devenue rosissante midinette ! Nous pénétrons le salon avec les enfants, (qui ont également suivi l’émission et qui « kiffent grave les tatouages, oh t’as vu celui là avec le poignard dans la tête de mort, trop classe »), bavardons un peu avec les deux types présents (pas de Cleen Rock One à l’horizon), feuilletons les books et admirons les photos, franchement de la belle ouvrage, les types qui bossent là sont des tueurs. L’idée de profiter de l’occasion et de marquer le coup m’effleure… mais bon, soyons sérieux.

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Nous nous garons enfin sur le parking de l’Excalibur et entreprenons de vider la voiture que nous sommes tenus de rendre demain. Son état général nous semble convenable si l’on considère tous nos crapahutages. Chargés comme des mules, nous pénétrons l’hôtel et nous retrouvons dans le casino. Quel plaisir de retrouver cette ambiance, ces sons, ces odeurs, cette lumière !

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Tandis que Matthieu gère la paperasse, je patiente avec les drôles et voit soudain arriver vers moi Simon, tout sourire : » Ben si c’est pas de la synchro de compèt’ ça ! ». Embrassades, c’est génial de vous revoir, vous êtes dans quelle chambre ? Ok on pose les affaires et on vous rejoint. Les enfants sont ravis de se revoir, hurlent très fort et galopent dans les couloirs… un comble quand on sait que les papas ont « oublié » de déclarer leur présence à l’hôtel ; nous devrions avoir honte d’escroquer comme ça les pauvres casinos de Las Vegas. Alix, elle, récupère son Doudouchat oublié à San Francisco et ramené par nos amis ; émouvantes retrouvailles.

Sitôt installés, nous sautons dans nos maillots de bain et gagnons l’immense piscine de l’hôtel, qui comporte trois bassins, deux jacuzzis, un toboggan et un bassin « adultes » dans lequel on boit des cocktails en dansant sur du Ariana Grande dans 30 centimètres d’eau, grosse classe.

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Nous restons à faire des ploufs jusqu’à la fermeture de la piscine et nous retrouvons très vite, une fois secs et présentables, au rez-de-chaussée moquetté de l’Excalibur. Dans le jour déclinant, nous sillonnons le Strip, guidant nos amis dans ces lieux nouveaux.

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De découverte en surprise, de vrai coup de cœur en ironique rigolade, nous partageons leurs impressions et c’est très agréable. Nos pas nous portent au New York New York, au Caesar’s Palace, au Paris, au Venetian, puis finalement au Bally’s où nous dînons de succulents Phily’s burgers et hot-dogs dans un food court que nous désespérions de trouver tant nous avions faim. Nous reprenons ensuite notre promenade, papotant à bâtons rompus tandis que les gosses vont et viennent autour de nous comme des moucherons. Ils s’amusent beaucoup ensemble, jouent à chat en slalomant entre les fêtards en goguette, les gens qui font la manche et les hommes qui distribuent les flyers de call girls.

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Val, Melvin et Esteban s’entendent très bien et grimpent partout tandis qu’Alix et Anina bavardent tranquillement, marchant main dans la main. Tous les cinq, ils s’émerveillent des lumières, des écrans géants, des limousines qui passent, des concerts de rues, des messieurs-dames déguisés partout sur trottoirs. Nous donnons la pièce à un joueur de cornemuse et à un super bon bassiste jouant en slap (et parfois avec les dents), essayant d’éviter autant que possible de vider notre porte-monnaie auprès de tous les Minions et autres Olaf du Strip, sinon ça ferait cher la balade.

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Quand Olaf enlève son costume on a moins envie de lui faire un câlin

Peu à peu, la fatigue nous gagne, car l’air de rien on fait des kilomètres et des kilomètres en parcourant rues et casinos. La petite Anina dort dans les bras de son papa et je porte Alix sur mon dos. Nous trouvons tout de même le courage d’assister au spectacle de jets d’eau du Bellagio, un show aquatique qui en jette d’autant plus qu’on est quand même en plein désert. La musique du spectacle est féerique : une ballade rock/blues belle comme une pub pour des assurances-vie intitulée « I’m proud to be American ». A la fin du morceau quand le chanteur miaule « and God bless America » j’ai les poils je te raconte pas.

En définitive, nous passons une fois de plus un super moment tous les neuf. Nous rallions doucement l’hôtel et nous donnons rendez-vous le lendemain matin dans la chambre de Simon et Vanessa pour un petit dèj et de nouvelles aventures.

Posted in ...des parents, Las Vegas, USA.

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