J’aimerais tant voir Syracuse – 27 octobre

Réveil en douceur dans notre chambre de motel Super 8 à Syracuse. Comme le veut la tradition, je pique les savons et nous envisageons ensemble la journée qui s’offre à nous. Dehors, ça pèle méchamment, et deux grosses heures de route nous séparent de la frontière canadienne ; nous pouvons donc prendre le temps. Alix et Val sont affamés, mais c’est dingue ça, ce sont de vraies poubelles de table ces deux-là. Matthieu, encore bien crevé de sa conduite by night, garde le lit, alors je me dévoue pour accompagner les deux ventres vides au breakfast du motel (pour moi, un café seulement, l’indien-latino d’hier me faisant encore la misère à l’intérieur).

Dans l’ascenseur, je rêvasse. Pour Matthieu comme pour moi, il est important de profiter de notre condition d’ermite, tellement chérie lors de notre précédent grand voyage ; sans véritable accroche nulle part, nous sommes partout chez nous. Cet état, difficile à expliquer, est pourtant bien réel et nous permet d’envisager autrement le monde, le fait de circonscrire sa vie ou sa personne à un territoire, à des possessions matérielles, à une langue ou à des coutumes. Quelle agréable sensation.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent, stupeur : une équipe de basket au grand complet est là qui dévalise le buffet (ce sont de grands ados en plus, les pires). Je me bats pour récupérer trois pauvres toast et un muffin mais me fait ravir les deux dernières gaufres par un grand imbécile qui me marmonne un « sorry » d’un air pas du tout désolé.

Pendant qu’Alix et Val boulottent les restes des géants à chaussettes blanches, je reçois un appel de mon frère sur messenger. Celui-ci vient aux nouvelles mais surtout expérimenter les divers filtres à disposition, et comme je suis une vilaine soeur je vous en livre un aperçu :

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Un peu de production d’écrit, un peu de glandouille, il est temps de quitter le motel et d’aller remplir les estomacs parentaux (ainsi que ceux des enfants, mystérieusement vidés depuis le breakfast de tout à l’heure) avant de reprendre la route. Matthieu est démoniaque : il a choisi notre motel parce que nous connaissons et apprécions à sa juste valeur la chaîne Super 8, mais aussi pour sa proximité avec un Denny’s, mon dinner préféré de la terre entière à la vie à la mort. Nous montons dans notre voiture pour faire les 167 mètres qui nous séparent du bonheur, c’est merveilleux, photos :

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Je les ai forcés à poser, mais c’est pour leur bien

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Joie

Légèrement alourdis par le gueuleton mais le coeur en fête, nous prenons la route et achevons notre traversée de l’état de New York. La zone est résolument agricole et passablement pauvre ; on entre dans la région des grands lacs à l’industrie autrefois florissante, mais aujourd’hui affectueusement nommée Rust belt (ceinture de la rouille) avec de nombreux bâtiments désaffectés, des centres villes désertés depuis près de 40 ans, et la population de certaines villes parfois inférieure à son niveau de 1900.

Nous arrivons enfin à la frontière canadienne, ravis de voir notre passeport tamponné de l’écusson d’un nouveau pays. Le douanier parle un français correct nimbé d’un fort accent ricain, mais termine sa tirade, on ne s’en lasse pas, d’un retentissant « take care« . Nous franchissons le pont enjambant la Niagara River et apercevons, sur notre gauche, le nuage d’écume annonçant les fameuses chutes. Cette rivière marque la séparation entre les deux pays, et les chutes du Niagara sont en fait au nombre de deux : une côté ricain et l’autre, bien plus impressionnante, côté canadien. Nous nous empressons de trouver notre hôtel, pâle copie des palaces vegassiens, et nous mettons en quête des chutes. Nous parcourons le bled, Vegas de pacotille, avec des installations touristiques un brin misérables et d’innombrables restos bas-de-gamme.

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Le Louxère et la Stratosphore

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Il faut dire qu’à la belle saison, la ville est prise d’assaut, comme en témoignent les gigantesques parkings aujourd’hui vides. Puis, nous traversons une belle forêt, et tombons sur la large route qui longe la rivière et mène aux chutes. Le spot étant fort prisé pour les lunes de miel, la déco urbaine est plutôt romantico-beurk et les passants par deux, main dans la main, perche à selfie dégainée. Méprisant ce décor fallacieux, nous pressons le pas vers les chutes car le jour décline et la lumière est idéale. Enfin les voilà : les chutes américaines d’abord, puis, magistrales, les chutes canadiennes. Le spectacle est tout simplement magnifique.

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Nous rentrons à la nuit tombée à notre hôtel, puis décidons de sortir visiter le centre touristique et casser une graine. Force est de constater que les Canadiens, en terme d’entertainment, savent se montrer aussi ridiculement grandioses que leurs voisins américains ; nous voilà dans une fête foraine à ciel ouvert, avec un côté absurde et un peu défraîchi en sus. Dans la demi-douzaine de rues qui composent ce centre touristique, nous dénombrons (attention, chiffres exacts) :

  • 2 bowlings
  • 3 musées de stars en cire toutes plus merdiques les unes que les autres (big up au musée de Louis Tussaud et à ses représentations hilarantes de Trump, Poutine et du pape)
  • 3 maisons de Frankenstein
  • 4 maisons de Dracula
  • 2 musées des records bien glauques
  • 6 casinos
  • et, tout de même, une jolie grande roue

D’abord blasés par cette lamentable démonstration de l’humanité si proche du trésor naturel de Niagara, nous décidons finalement d’abandonner notre sens critique (et une partie de notre dignité, on est bien d’accord) et d’en profiter.

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Mais franchement, pourquoi ?

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Matthieu va changer des dollars US en dollars canadiens, et nous nous installons dans un bowling/bar/salle de jeux d’arcade. Nous larguons les enfants avec 10$ de jetons pour les jeux (Lilix trouvera d’office des bombecs oubliés dans un distributeur et Val chopera une partie gratuite d’un jeu de balle, « mais c’est trop cool le Canada! »), pendant que Matthieu et moi nous enfilons une bière locale de 24 onces chacun (conversion faite après coup : 0,7 L) au rapport quantité-prix très raisonnable.

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En sortant, je suis d’avis d’aller nous pieuter quand Matthieu, de son œil expert, avise un fast-food Wendy’s, aussitôt applaudi par les deux crève-la-dalle… je capitule, le Wendy’s étant pour mon cher et tendre ce qu’est le Denny’s pour moi. 3000 calories plus tard, nous rallions pour de bon l’hôtel et de là nos plumards, pour un gros dodo plein de cholestérol.

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Posted in ...des parents, Canada, Niagara Falls.

3 Comments

  1. quelle beauté ces chutes , et quelle horreur cette bouffe !
    mon 1er « travail  » le matin est de venir vous lire , merci de nous faire réver et rire
    josiane

  2. Ces chutes sont vraiment grandioses. Cependant, il faut avouer que les couleurs dont elles sont affublées le soir sont plutôt kitsch…J’avais beaucoup aimé le village de Niagara on the Lake et son côté « vieille Angleterre ». Votre voyage nous procure de belles envies et nous nous réjouissons pour vous! Nous vous embrassons très fort!

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