Hoi An part I – 25 février

Voyager de nuit dans un train-couchette vietnamien ; voilà une expérience aussi réjouissante que peu reposante ! Petite appréhension sur l’état de propreté du lieu (ma réputation de maniaque n’est pas usurpée), car draps, couvertures et oreillers ont manifestement accueilli d’autres personnes avant nous.

C’est donc emmitouflés dans nos paréos que nous avons passé la nuit. Agréablement bringuebalés, bercés par l’incessant ronron du train, pelotonnés sur notre couchette exiguë mais néanmoins étonnamment confortable, nous sombrons dans un sommeil en pointillés. Je profite des insomnies pour dévorer des yeux la nuit, puis l’aurore vietnamienne. Autour de moi la couvée pionce du sommeil du juste ; j’aime être la seule éveillée, aux petites heures du jour, entourée de ceux que j’aime.

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Quand nous arrivons en gare de Danang, nous sommes tous éveillés depuis une grosse heure. Nous devons mettre la main sur le chauffeur, dépêché par notre guest house, qui nous mènera à notre destination finale : Hoi An. Un souriant inconnu, devant la gare, brandit un panneau marqué « Matthieu », les enfants sont soufflés devant tant de classe internationale. En rejoignant notre voiture, nous passons devant un petit autel et soudain une question que je me pose depuis mon arrivée trouve sa réponse… Les mégots de clopes plantés par le filtre sur des petits bâtons d’encens, au pied des autels, des arbres ou de massifs de fleurs ne sont pas des démonstrations impies de je ne sais quoi mais bel et bien des offrandes ; les hommes allument leur clope, tirent une ou deux bouffées et la plantent sur un petit bâtonnet, la laissant se consumer à la gloire de leur dieu. CQFD.

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Nous grimpons dans notre voiture et arrivons 20 minutes plus tard à notre guest house en périphérie de Hoi An. Comme à l’ordinaire nous logeons chez l’habitant et pénétrons (pieds nus, il va sans dire) dans une coquette demeure, jovialement accueillis par la maîtresse de maison. Il est 9 heures du matin, on nous dresse dare-dare un délicieux petit dèj’ composé d’un banh mí à l’omelette et d’une salade de fruits frais. Cette salade contient, entre autres, du fruit du dragon, un mets que nous aimons davantage déguster pour son côté exotique que pour sa saveur. Le fruit du dragon est un fruit tout chelou et très joli qui semble avoir essentiellement misé sur son apparence au détriment du goût. Sa pulpe est blanche (ou rouge selon la variété), semée de petites graines noires et son parfum oscille entre celui du kiwi et du melon d’eau, dilué 15 fois. En un mot comme en cent, le fruit est splendide mais sans réelle saveur, « la Kim Kardash’ du fruit » dira Matthieu qui est très show bizz, même en vacances.

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En méditant (ou pas) sur cette réflexion, et après quelques ablutions fort bienvenues suite à notre trajet bactérienno- ferroviaire, nous louons 3 vélos et partons à la découverte d’Hoi An. La ville est petite et pittoresque ; épargnée par les guerres car chérie des Français qui en firent leur état-major, puis échappant par la suite miraculeusement aux bombes ricaines, elle demeure paraît-il la même que jadis. De petites rues tortueuses où slaloment vélos et scooters, des maisons centenaires n’excédant jamais 2 étages, des arbres habillés de milliers de lampions multicolores, des bâtiments parfaitement conservés, des canaux tranquilles, des commerces bigarrés, des pagodes rouges et dorées tous les deux pas… Impossible de résister au charme d’Hoi An. Nous nous promenons, le nez en l’air, heureux d’avoir garé nos vélos qui émettent de déchirants ultrasons à chaque coup de frein (au moins 105 dB dira Matthieu qui est très pro même en vacances).

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Nous achetons des tickets « pass » qui nous ouvrent les portes des principaux monuments. Ancien port d’influence internationale attirant chinois, japonais et européens, la ville s’est forgée au fil des siècles sa propre identité, toute vietnamienne bien sûr, mais remarquablement nourrie d’influences étrangères. Nous visitons donc d’anciennes maisons de thés, des maisons de congrégations chinoises, de précieuses demeures où l’architecture coloniale rivalise avec les symboles vietnamiens, et bien sûr le splendide pont couvert japonais qui enjambe un bras de rivière à l’embouchure du fleuve Thu Bon.

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Nous déjeunons dans une gargote donnant sur le petit marché aussi charmant que crasseux, où des femmes vendent du poisson que l’on devine tout juste sorti de l’eau par leur bonhomme qui pêche un peu plus loin. Nous reprenons notre balade, flânons dans les musées, nous incrustant éhontément dans les groupes de touristes ayant un guide francophone.

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L’après-midi file vite ; la fatigue commence à se faire sentir. Nous rentrons sur nos vélos ultrasonnant nous reposer un brin avant d’aller dîner. Nous en profitons pour bosser un peu (français et maths, les enfants sont très malheureux, on est vraiment des parents horribles on voit pas qu’ils sont fatigués ? Ils pourraient faire un peu de 3DS au moins, c’est vrai quoi, ils ont visité au moins 1000 pagodes aujourd’hui ! Il est nul ce tour du monde), tout se passe bien.

Puis, sur les conseils de notre hôtesse (qui semble dotée du don d’ubiquité tant elle a la faculté de se trouver, les mains jointes et souriante, dans toutes les pièces où nous pénétrons, dira Matthieu qui est très observateur, même en vacances), nous prenons place sur la terrasse à l’étage d’un resto bien mais pas top. Le dîner se déroulera en musique ; les échos d’un karaoke façon techno industrielle composée par Richard Clayderman nous parviennent depuis les ténèbres de la rue. Intrigués, nous enfourchons nos vélos et parcourons plusieurs kilomètres à l’oreille vers la source (de pollution) sonore, qui s’avère un peu plus assourdissante à chaque virage. Nous arrivons devant une petite école primaire, toute illuminée de lampions et de guirlandes, et devant laquelle sont garés des dizaines de scooters. Des vendeurs de beignets de banane et des marchands de jouets ambulants tracent un chemin jusqu’à l’estrade dressée dans la cour, et encadrée de deux impressionnants murs d’enceintes qui crachent un assourdissant son sursaturé (le seuil de douleur est atteint, dira Matthieu qui reste très préoccupé par son hygiène auditive, même en vacances). Sur scène se succèdent de petites saynètes dansées par des petits garçons et des petites filles (pas de tableau mixte). Les garçons, en costumes de « petits hommes » (bretelles, casquettes, chemise tradi) dansent en dilettante, visiblement impatients de retourner jouer. Les tableaux des fillettes sont autrement plus élaborés ; plus longs, plus chorégraphiés, avec des morceaux chantés, on devine que les gamines vivent un moment intense. Elles arborent des costumes dignes des mini-miss américaines : des robes ras-les-fesses, toutes froufroutantes sous des kilos de tulle pastel, elles sont maquillées, coiffées, pailletées, elles enchaînent les poses kawaï, qui, sans être réellement sexualisées, génère un certain malaise (sauf chez Lilix, qui les trouve troooop belles). Backstage, les mamans recoiffent, photographient, réajustent. Au fond de la cour, les papas s’ennuient dans la dignité, assis sur des balançoires en forme de cygnes et les balancelles « fleurs de lotus », fumant à la lune et balançant adroitement leurs mégots dans le bac à sable.

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Nos oreilles commencent à saigner ; c’est l’heure de rentrer.

Posted in ...des parents, Hoi An, Vietnam.

9 Comments

  1. Hé hé. Grace à « multi pass » la ville de Hoi An n’a plus aucun secret pour vous ! Qu’est ce que j’aimerais m’évader une journée et être le 5eme élément à vos cotés 🙂
    Ça donne envie ta lecture … sauf un truc : clayderman. Si tu veux, je loue un container et j’y balance Manouchian pour un aller simple, tous les 2 ferons avec certitude un tabac sur place.
    Bisous et prenez soin de vous

    • Cheres Nantaises, je tiens à réhabiliter Clayderman qui a tout de même composé, rappelons-le, le Boléro de Ravel. Sa musique ouvre les chakras, surtout si on l’écoute en consommant sans modération la bière Houda, vendue en cannette pour 0,75€, et en fumant des White Horse (0,80€ le paquet). Tout est question de contexte !!! Bruno, tu es notre 5ème élément quand tu veux… Plein de bisettes

  2. Trop bien
    C’est trop une bonne idée
    Quelle plume!!!
    Tu as raison
    Moi aussi les fruits du dragon, c’est pas mon truc.
    Au plaisir de vous lire bientôt
    Bonne route les loulous!!!

    • Merci Marie jolie !!! En attendant de te revoir pour refaire le monde normand, vietnamien, et plus encore… Mille baisers ma copinette

  3. Suite à ta remarque, je suis allé sur Wikipépé et j’ai découvert que notre Richard, petit génie du piano, avait fait en 1987 un concert à Shangai, retranscrit via le petit écran à une population de téléspectateurs estimée à environ 800 millions !… et qu’en Asie, il est idolâtré.
    Respect man : notre Johnny national n’a plus qu’à bien se tenir.
    Bon je vous laisse car je vais écouter la ballade pour Adeline.
    Des pioupious !

    • Je peux t’assurer que Richard continue à faire de sacrés émules au Vietnam, le parti ayant aboli le concept de copyright c’est, au delà de son Œuvre, tout son style qui se trouve imité dans n’importe quel contexte. Il suffit de franchir la porte d’un karaoké pour remarquer qu’en l’absence de vrai playback original il existe toujours un volontaire à s’être mis au boulot : piano, réverb, accompagnement à 1 doigt, poum-tchak entêtant en arrière plan et ça déroule avec l’autre doigt !

      • Faites gaffe, il (Richard C.) est partout en Asie du S-E.
        On avait passé cinq jours dans un hôtel en Malaisie bercé par le best of Richard Clay’. Une infection sonore.

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