En progression vers le delta du Mékong – 14 février

Au sud d’Ho Chi Minh Ville, le delta du Mékong sert de grenier à riz du Vietnam. Nous mettons le cap sur My Tho, l’une des premières villes du delta, le jour de la Saint Valentin. Notre logeur d’Ho Chi Minh, qui tient la Mai Guesthouse, nous a refilé son plan pour atteindre My Tho sans passer par la gare routière située à l’extérieur de la ville. Le temps d’un détour par le marché pour qu’Elsa négocie une robe légère, c’est dans un petit bus climatisé plein de travailleurs que nous parcourons la distance, à tombeau ouvert bien sûr.

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L’attente au marché, pendant que les filles font du shopping

Musique kitsch à fond, ce qui réduit le stress alimenté par les douzaines de klaxons chaque seconde, tout le monde s’endort. Nous rejoignons notre hôtel situé au bord du fleuve, l’un des neuf bras du Mékong. Je l’avais réservé la veille par Internet, grande chambre, mobilier en bois exotique, plomberie défaillante et ambiance de feu, nous sommes le dernier dimanche avant la rentrée scolaire, tous les enfants sont de sortie.

Nous débutons par une négociation serrée concernant les activités du coin. Le Mékong draine un paquet de touristes, les sentiers s’avèrent plus que balisés. Nous avions en tête de découvrir la religion Caodaïste, dont un temple figure parmi les monuments remarquables de la ville avec la pagode Vinh Trang. Autre particularité d’importance, le paludisme sévit sur le delta. Dès la descente du bus nous sommes invités à protéger les enfants.

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Au final nous voici embarqués tous les quatre sur une jonque motorisée, spray anti-moustiques en main, à destination de l’île de la Licorne. La journée est déjà bien avancée, la plupart des stations prévues pour accueillir les touristes respirent la fatigue et l’envie de tout ranger. Nous sillonnons des chemins de terre ombragés par les cocotiers et parsemés d’habitats plutôt précaires. Chaque virage ou presque débouche sur une échoppe de souvenirs ou une immense salle ouverte, capable d’accueillir 200 personnes. A nous 4, à cette heure-là, nous ne faisons pas le poids. L’essentiel de la force accueillante reste dans son hamac. En général une volontaire de force s’y colle et nous présente le lieu. Ici on déguste du thé au miel. Valentin se retrouve avec un morceau de ruche dans les mains.

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Les abeilles dansent mollement, l’ambiance est raccord. Quelque cent mètres plus loin ce sont les fruits qui se dégustent. Saveurs natures, nous en profitons pour mieux identifier chacun d’eux. L’explosion d’arômes sera pour plus tard, nous restons assez déçus. Trois musiciens accompagnent une demi-douzaine de chanteuses traditionnelles. Plutôt que la saveur de leurs fruits, les sonorités de la langue vietnamienne nous jaillissent au visage.

Notre guide reçoit un appel, sa femme exige qu’il rentre plus tôt pour fêter la Saint Valentin. Le pas s’accélère, ça tombe bien. Nous devions visiter 4 îles, mais en fait 3 d’entre elles réservent les mêmes attractions. Nous quittons l’île de la Licorne en parcourant le chemin inverse dans une barque manoeuvrée par un couple de vieux rameurs.

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Nous circulons sur un bras d’eau étroit – l’île en est sillonnée – jusqu’à déboucher sur le fleuve. Leur dextérité tranche avec nos expériences sur le marais poitevin. Les cocotiers d’eau nous abritent du soleil, pas un moustique en vue. Les autochtones sont pour autant couverts de la tête aux pieds. Nous quittons l’île en traversant sans nous arrêter la dernière station au programme, une fabrique de bonbons à base de pâte de coco. Nous goûtons les échantillons qui restent, un concentré de sucre. Il n’y a plus personne, le guide nous explique qu’on peut acheter une boîte pour 20.000 Dôngs et cinq pour… il est déjà parti, nous aussi.

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De retour sur notre esquif, nous mettons le cap sur l’île du Phénix. L’endroit est devenu un parc d’attractions. Entrée payante depuis le quai, un mariage semble s’y dérouler entre le karaoké géant, le stand où l’on nourrit huit crocodiles amorphes et quelques jeux d’eau. Un peu plus loin, une sorte de centre culturel émerge d’une nature toujours aussi envahissante, il s’agit du siège d’une religion disparue. Edictée par le célèbre moine aux noix de coco – le coconut monk – dont le parcours recèle quelques similitudes amusantes avec notre frenchie Raël, on en prend une deuxième couche en apprenant que c’est à Rouen qu’il a fait ses études avant de revenir régner parmi les siens. En élevant des chatons et des souriceaux ensemble, il a prouvé à la face du monde que la bonté et l’amour pouvaient tout changer. Autour de nous le sanctuaire religieux rassemble plusieurs symboles, les 9 dragons représentant les neuf bras du Mékong, le cockpit d’une voiture de course, une réplique vite faite d’une capsule Apollo, un enchevêtrement de poutrelles métalliques formant un paysage qui aurait sa place dans un monde de Mario sur Nintendo.

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Pas fou, notre moine aux noix de coco a notamment calculé l’équilibre idéal lorsque chaque homme a 9 femmes, et qu’aucune d’elle n’a d’enfants. D’ailleurs les neufs dragons du Mékong représentent 1 mâle et 8 femelles. Visiblement l’UV de maths fut séchée à l’université.

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Nous regagnons le ponton de départ après une dernière bordée sur le Mékong, l’occasion d’une séance photos dans le soleil couchant. Amusés par cet après-midi typique des circuits touristiques, qui fut heureusement négociée à 30$ au lieu de 60, nous nous promettons de limiter ce genre d’excursions à l’avenir, ce n’est vraiment pas notre truc. Le guide-pour-nous-tout-seul conserve un intérêt certain, encore faut-il dorénavant nous imposer une bonne sélection quant à son niveau d’anglais, quand le mot-clé de chaque phrase est gentiment dérivé du vietnamien, ça laisse sur sa faim.

Descente du bateau, le proprio – qui a repris l’établissement il y a deux mois – nous embarque dans sa voiture pour une promenade en centre ville. L’hôtel est situé à 2 km du centre et lorsqu’il l’a repris il était désert. Il gère le restaurant d’à-côté, où nous avons fort bien déjeuné, l’un des serveurs restant en permanence à disposition pour nous apprendre à gérer notre grande soupe collective, faire le tri des aliments épicés et enseigner la tenue des baguettes aux enfants. Elsa y but d’ailleurs sa première bière locale (mal au ventre après – sans rapport selon elle).

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Bref, le proprio tient à mettre en confiance sa clientèle pour regagner des points de recommandation sur les sites Internet. Il nous offre un teaser des festivités du soir.

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Le pont de Che-Vi-Rê visible depuis notre balcon

Retour à l’hôtel, devoirs pour les enfants, Alix réalise des prouesses en maths mais pêche toujours épisodiquement par étourderie. Elle s’insurge et exige de refaire les exercices le lendemain. En 1h de boulot elle a avalé ¼ de ce que j’avais prévu de faire avec elle pendant tout le voyage. Alors j’accepte de remettre ça bientôt. L’heure avance, tout le monde est prêt à ressortir.

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Pour ceux qui ont connu notre appart nantais en bord de Loire, y’a un p’tit air !

Nous couvrons les 2 km qui nous séparent du centre, des nuées de scooters nous enfument. Tous les 10 mètres, des bars improvisés accueillent une clientèle enjouée qui nous salue, nous sommes nos attractions réciproques ! Arrivés dans la rue principale, nous avisons une kermesse avec enfants-acrobates et chenille-dragon. Les percussions nous défoncent les tympans, l’ambiance chauffe, de l’autre côté de la barrière nous découvrons une fête foraine. Le lieu, bondé, s’organise autour de manèges réchappés de la foire du trône de 1960. Les chamboule-tout, les fusils à bouchons, les loteries s’agglutinent à grand renfort de sonorisations poussées au max. Elsa reçoit une bague pour la saint Valentin. Les enfants s’offrent une virée en dragon, une sorte de montagne russe dont le parcours s’inspire clairement d’un anneau de vitesse américain, sans aucun dénivelé. Le train fait un bruit d’enfer, les étincelles jaillissent à son passage, ça frotte tellement que la prise de vitesse reste limitée à 12 km/h, en comptant large… les enfants adorent bien sûr. Nous terminons la soirée par un sandwich. Au retour à l’hôtel le compteur de la soirée affiche 5 km, en théorie les enfants devraient tomber de fatigue. Flippé par le palu je macguivise une suspension de moustiquaire au dessus de leur lit. Ca les inspire et ils se cherchent des histoires pendant près d’une heure. Finalement ils nous ont épuisé les premiers.

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Posted in ...des parents, Delta du Mékong, Vietnam.

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