Easy rider, enfin presque – 16 février

Réveil tôt le matin, vers 6h30, avec le barouf habituel de la rue. Deux gentils autochtones nous accueillent à la descente du lit. Nous devons nous dépêcher de déjeuner et de boucler nos sacs car nous devons retrouver Phat, notre guide pour les deux jours à venir. Petit déj’ moins hhhhépicé que la veille, et c’est pas plus mal, parce que bonjour le bide, ouille.

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Phat nous attend devant l’hôtel avec 2 scooters poussiéreux qui ne font pas leur âge (j’entends par là qu’ils font plus). C’est sur ces engins que nous devons rallier notre prochaine étape, Can Tho, une jolie ville du Delta où nous aurons le loisir de passer la nuit dans une guest house rurale avant de partir à la découverte de marchés flottants.

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Ma dernière expérience du 2 roues en tant que conductrice remonte au lycée, 10 minutes sur un parking avec ma copine Audrey, et encore j’avais abusé du demi-pêche, lol trop délire. Là, fini de rigoler, on a près de 100 bornes à faire sur les routes du Vietnam avec nos petits derrière nous ; le Vietnam, le pays où le code de la route est davantage une question de feeling que de réglementation pure. Je vois bien que les enfants sont conscients de mon inexpérience en la matière et, pas fous, veulent tous les 2 monter avec leur père sans pour autant me le dire frontalement de peur de me vexer. Je choisis ce moment pour demander, l’air de rien, comment qu’on fait pour démarrer ce truc au fait, je me rappelle pas très bien. On me montre, un ange de 33 tonnes passe. Phat, qui a fini de charger son scoot’ de nos 3 gros sacs à dos par un habile jeu de tendeur qui n’est pas sans évoquer l’art subtil du tricotin, nous tend nos 3 casques. Ah oui ! Il avait oublié de nous dire : pas de casque pour Alix, too little girl, too little head ! Il rigole gentiment. Matthieu fait semblant de garder son calme, moi j’ai bien envie de pleurer, ou de rire peut-être. Sentant notre malaise, le patron de l’hôtel, qui assistait à la scène avec une dizaine de quidams, se montre magnanime : « with that, no risk » nous dit-il, en vissant sur la tête d’Alix un bonnet en laine. « She’s protected now », me dit-il sérieusement. Ok c’est bon, je rigole, bon allez on la tente, on va faire la route très lentement, on reste vigilant, hein Matthieu on y va mollo, tu restes derrière moi, allez hop, on respire. Valentin, héroïque, accepte de monter derrière moi (« t’inquiète maman j’ai fait de la mini-moto l’année dernière en colo je vais t’expliquer »), et nous démarrons.

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La sortie de la ville de My Tho est juste un cauchemar. Certes, nous faisons du 20 à l’heure, certes un scooter n’est pas très difficile à manier, mais quand Phat met son clignotant à droite avant de s’engager à gauche à contre-sens sur ce qui ressemble fort à l’A86 un vendredi soir, ça se corse. En poussant des cris je finis par le suivre, sous les encouragements de Val à qui je destine mentalement un cadeau d’annif de ouf tant ce petit est gentil avec sa maman. Une bretelle de voie rapide, des klaxons partout ; un pont suspendu gigantesque, genre Tancarville, se dresse devant nous. Je me décrispe peu à peu, le pont en jette et la vue est terrible ! Phat doit penser la même chose puisqu’il s’arrête au sommet du pont, peinard, pour que nous puissions admirer la vue. Les klaxons pas contents fusent, Phat, qui est décidément très zen, rigole doucement. Matthieu me dit « je pensais pas qu’il le ferait », les enfants oscillent entre les oooh admiratifs pour la vue et les aaah d’horreur pour les scooters qui nous frôlent. Photo expresse (floue : on tremble) puis nous repartons.

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Nous quittons la ville, l’air redevient respirable, la route praticable. Nous voilà en pleine campagne. Les petites habitations de fortune côtoient les maisons « en dur » plus cossues. Les petites échoppes, vrais magasins ou étals de plein air à même le sol sont légion. D’éclatantes fleurs, des palmiers, bananiers et cocotiers chargés de fruits bordent la route. Les « vélo-charettes » conduits par des femmes arborant le chapeau chinois, les bars où il n’y a pas de chaises mais des hamacs, des écoliers en uniformes, les odeurs d’encens qui flottent, les 2 roues promenant plus de matos que notre Scénic. Le soleil, écrasant, ne nous blesse pas ; à 40 km/h nous avons de l’air et cependant l’opportunité de bavarder. Je recueille les impressions de mon Valentin, qui sait regarder les choses et en apprécier la poésie.

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A deux reprises, nous atteignons un bras du Mékong et traversons en ferry, sous les regards étonnés des autochtones. De nombreuses personnes, hommes comme femmes, viennent sourire, saluer, aborder, toucher notre petite Lilix, que ces incessantes démonstrations d’affection effrayaient au début (tu m’étonnes). Doan, notre guide de la veille, nous a expliqué ce singulier engouement des vietnamiens pour Alix : les fillettes blondes aux yeux bleus sont « comme des anges » (pour reprendre ses mots) ; les toucher, leur témoigner de l’affection porte donc chance. Pas facile d’être un porte-bonheur ambulant quand on n’a que 7 ans !

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Bref, nous avons avons parcouru près de 50 bornes et traversons maintenant des rizières, avec en toile de fond une flore livre-de-la-junglesque. Un chapeau chinois blanc pointe parfois au milieu de ces parterres d’un vert étourdissant. Nous nous arrêtons déjeuner et nous rafraichir d’un jus de noix de coco à même le fruit. Repartons ensuite, dorénavant complètement à l’aise sur notre monture, et atteignons notre guest house presque trop tôt à notre goût.

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Au tour d’Alix de tester la patte de poulet !

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L’endroit est à l’image du quartier : une construction « en dur », composée de 3 murs et ouverte sur l’extérieur comme cela est souvent le cas au Vietnam. De petits patios de bambou s’égrènent ça et là, au milieu d’un jardin tropical semé d’essences exotiques et traversé de ruisseaux surmontés de ponts de fortune. Dans des cages batifolent des perruches, mainates et autres piafs bigarrés, dans d’autres roupillent de gros caméléons qui se font artistiquement oublier. La chambre, spartiate mais coquette quand même, compte 2 lits gigantesques habillés de grandes moustiquaires. Le toit est en feuilles de palmiers, les lézards se baladent aux murs, une jolie grenouille jaune aux bonds impressionnants se cache dans un coin.

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Fatigués par le voyage, nous geekons tranquillement en faisant faire les devoirs aux petits (aujourd’hui : maths), puis suivons paresseusement Phat qui nous appelle pour dîner. La guest house, tout à l’heure animée, s’est vidée. Sur la table de l’un des petits patios nous attend le meilleur repas pris depuis notre arrivée : un curry de poulet, un poisson du coin cuisiné aux herbes, un bœuf mariné proche du génie, des haricots verts, des nems maisons, et du riz par quintal. Phat mange très vite, il se fout du riz partout en rigolant doucement. Repus, nous allons prendre notre douche froide (pas d’eau chaude ici, de toute façon nous n’en voudrions pas), et nous couchons heureux.

Posted in ...des parents, Delta du Mékong, Vietnam.

7 Comments

  1. Elsa, en 3 posts tu remportes haut la main la palme littéraire du blog baroudeurs/ses. Mention spéciale pour « un ange de 33 t passe ». Dans mon tram parisien, je passe pour une illuminée à pouffer toute seule en lisant le blogtrotter… Grâce à vous tous, mes trajets prennent du relief, de la couleur, de la chaleur, trop top, zenveu encore.

  2. Bravo à Valentin pour avoir soutenu sa maman au guidon de son cheval d acier ! J’ai un problème désormais : eva et clara veulent monter sur la moto de papa (une devant et une derrière) et faire une ballade au parc du grapa …. et cela bien sûr sans casque !
    Bisous lds motards !

  3. Admirable, cool votre périple, ai bien tout lu ! Tout vu aussi … Matt, on dirait Poncherello, le motard de « Chips » !
    Bises à tous les 4. Vous êtes des bons. Bonne route !

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