Dernier jour à Hanoi – 6 mars

Arrivée du train couchette à 5h du mat’ à Hanoï : ça pique. Chargés de nos gros sacs, nous parcourons les quelques kilomètres nous séparant de notre guesthouse sans être incommodés par des milliards de scooters : c’est drôle, on dirait une autre ville.

Nous réveillons le sympathique jeune homme de l’accueil qui dort par terre sur un matelas, et qui nous accueille comme si on était ses meilleurs potes ; qu’est-ce qu’ils sont gentils les Vietnamiens ! Nous déposons nos sacs et repartons en balade, notre chambre n’étant disponible qu’à partir de 14 heures. Nous rallions le lac Hoan Kiem que nous connaissons bien, et au bord duquel les Vietnamiens pratiquent le Thaï Chi au petit matin.

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C’est confortablement installés sur un banc, admirant les sportifs s’activant devant le lac nimbé de brume que Matthieu se rend compte de la disparition de sa carte bleue. S’ensuit une houleuse discussion, facilement imaginable (je comprends pas je l’avais mise là, si tu l’avais mise là elle y serait encore, je te jure j’y ai toujours fait vachement gaffe, ça m’étonnerait t’es un gros bordélique, si t’es pas contente t’as qu’à t’en occuper, je vais me gêner on sera plus en sécurité), suivie d’un court silence furieux, et conclue par le constat suivant : pas la peine de se déchirer puisqu’on est dans la même merde. Bien ! La MasterCard n’est plus, il reste la Visa de Matthieu et la mienne, on devrait s’en sortir. Nous décidons d’attendre de vider nos sacs à la guesthouse avant de faire opposition, et continuons notre balade le plus sereinement possible.

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Petit dej’ express mais néanmoins kawaï

Nous dépensons nos derniers dongs chez un coiffeur des rues, un type charmant qui raccourcit la frange d’Alix et ratiboise Matthieu pour 4 € environ. L’instant est vraiment cocasse ; le coiffeur, avec sa tête joviale et souriante (un peu à la Pierre Perret, avec des rides d’expression d’homme heureux), ne parle que quelques mots d’anglais mais se fait aisément comprendre. Clairement, il déteste la barbe de Matthieu et le compare à Oussama Ben Laden ; il trouve que Valentin a une tête de Beatles et lui donnerait bien un coup de ciseau ; il me trouve jolie « à l’italienne », et rafraîchirait bien ma coupe courte. Merci mais non merci, lui répondons-nous dans un sourire, sur quoi le type pas vexé se remet à travailler Matthieu en piochant dans son matériel, suspendu à des clous plantés dans un gros arbre à un carrefour. Le coiffeur s’applique, prend son temps, évoque Zizou ; les lieux communs débités chez le coiffeur sont donc universels. Petite appréhension au moment du tour d’oreille, rapport à une expérience vécue quelques semaines auparavant, mais non, tout se passe bien, tour d’oreille tout à fait réglementaire. Le type a fini : honnêtement, le résultat vaut largement celui des charolaises de Franck Dessange ou Jacques Provost ou que sais-je encore, pour le dixième du prix.

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Retour à la guesthouse, pas de carte bleue ; nous faisons opposition et ne constatons aucun retrait suspect.

Nous ressortons déjeuner dans un boui-boui et entreprenons de nous rendre à une des gares routières de la ville, sise à 4 kilomètres de là, guidés par Matthieu. S’ensuivra la plus moche balade que nous ayons faite à Hanoï, nous paumant sans arrêt dans des quartiers craignos qui sentent le pipi. Toutefois nous marchons le cœur léger, raillant Matthieu pour ce vilain itinéraire, riant et savourant l’air de rien le plaisir d’être ensemble et libres dans cette ville du bout du monde.

Scènes de rue

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Une vendeuse de fringues ambulante

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Une vendeuse de crevettes ambulante

Arrivés (enfin) à la gare routière, nous achetons des billets de bus-bateau-bus pour atteindre le lendemain l’île de Cat Ba, au sud de la baie d’Ha Long, sans raquer des mille et des cents dans un trajet « all inclusive » proposé par un tour operator, qui de toute façon serait aussi merdique.

Puis nous revenons vite vite à la guesthouse nous préparer : nous sommes invités à dîner chez notre ami Anh Vu dans le « nouvel Hanoï » que nous ne connaissons pas. Nous achetons au passage des cadeaux pour les enfants d’Anh Vu, Leo Nam et Lily, hésitons à prendre des fleurs pour son épouse Van, puis sautons dans un taxi.

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Nous traversons des quartiers sortis de terre voilà à peine 10 ans, qui, loin du folklore du vieux centre historique, rappellent beaucoup les capitales occidentales. Le taxi s’arrête devant un bel ensemble de buildings ultra design, ceint par un joli jardin paysagé, avec des super structures de jeux pour les enfants, une piscine, et entouré de bars et de restos branchés. Anh Vu, tout sourire, nous accueille en bas, puis nous pénétrons son bel appartement au 15e étage. Quelle vue ! Nous faisons connaissance de la douce Van, qui apprend le français et s’efforcera de le pratiquer toute la soirée, et de ses deux enfants qui tout de suite adoptent les nôtres.

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Anh Vu a passé une grande partie de sa jeunesse en France, travaille dans le BTP et réside au Vietnam en tant qu’expat’. La soirée se passe très agréablement, autour d’un repas absolument délicieux et d’une conversation très plaisante. Nous évoquons le Vietnam, la France, leurs similitudes et leurs différences ; notre hôte pose sur tout cela un regard intelligent et humaniste. Il nous explique la solidarité vietnamienne, la force de son pays mais sa fragilité aussi, loue sa beauté, évoque son histoire politique et économique, déplore ses contradictions. Pas d’angélisme au programme, juste une analyse fine et brillante, empreinte de tendresse. Nous passons un moment très, très agréable.

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Les kids s’agitent de plus en plus; ils ne tiennent pas en place. Nous descendons au pied de l’immeuble, où plein d’enfants jouent sous la lune tandis que les parents pratiquent une marche sportive autour des différents bassins et jardins de la résidence. La soirée s’achève là, tout en douceur. Nous prenons congé et rentrons heureux.

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Posted in ...des parents, Hanoi, Vietnam.

2 Comments

  1. Et une très belle rencontre de plus à inscrire au tableau de chasse des Trotters ! Cela efface la mésaventure de la blue card restée sur un coin de table : adieu morceau de plastique sans contact 🙂

  2. Un coiffeur qui se paie ta tête en te comparant à Ben Laden, ça n’a pas de prix.
    Et pour tout le reste, il y a MasterCard.
    Mais où l’ai-je donc rangé sacrebleu?
    Elsa, tu l’aurais pas vu ?
    (Fin de la pub ^^)

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