Dalat, ses lunes de miel, son lac romantique, ses températures très clémentes, son architecture coloniale intacte… Quel saut dans l’espace-temps ! Première impression : un petit concentré de touristes internationaux.

Deuxième impression : une ville beaucoup plus structurée, riche, capitaliste… et rompue à l’accueil desdits touristes. Un niveau d’anglais très au dessus de ce que nous avons pu expérimenter dans le sud, la possibilité d’engager des guides francophones, beaucoup d’activités proposées : sportives, culturelles, aventurières. Nous avons décidé de nous y poser 3 jours.

La ville de Dalat est située sur les hauts plateaux, il y fait frais, ça stimule l’épiderme ! Les ruisseaux des montagnes environnantes traversent la ville. Sous chaque trottoir un autre ruisseau collecte les eaux usées des habitations. L’ensemble de ces canaux aux embruns variés s’enchevêtre suffisamment pour créer un beau réseau de tout à l’égout à ciel ouvert, l’eau présentant une couleur vert émeraude incroyable. L’immense lac central, parsemé de pédalos en forme de cygnes géants dévolus aux amoureux souhaitant se galber le mollet à l’abri des regards, tire même vers le vert fluo. Il n’y a pas qu’à Saint Brieuc que sévissent les algues. D’un coup je repense à mon plat de la veille au soir, dans un restaurant thaïlandais végétarien, où je n’ai pas su distinguer ce que je mangeais, hormis ce goût d’algue persistant.

Mais Dalat, c’est bien plus ! Le marché central, immense, fait la part belle aux fraises et aux mûres – la spécialité des hauts plateaux – ainsi qu’à l’artisanat des peuples montagnards.


Idem, si vous cherchez un bon avocat, c’est ici.

Nous avons sillonné ce quartier du marché pendant 3 bonnes heures petit déjeuner inclus (3h, car l’endroit compte plusieurs milliers de mètres carrés de fringues), nous promettant d’y revenir dimanche pour faire quelques achats.





En début d’après-midi le soleil tape copieusement, pour autant s’annonce notre sortie culturelle vers la « maison folle », célèbre bâtisse en perpétuelle construction. En chemin, nous philosophons avec les enfants sur notre première semaine de voyage. Collés tous les 4, en terre inconnue, il y a beaucoup à dire. Alix et moi, quelques mètres plus loin Elsa et Valentin, nos enfants s’expriment sur leur ressenti. Ils souhaitent un peu d’air, parce que des parents sur-protecteurs H24, ça pèse. Il s’agit pour eux de trouver leur place dans le pays, au sein de la sphère familiale et malgré le mouvement permanent. Nous avons de la chance, la mise en mots leur est facile. De notre côté nous avons besoin de les sentir plus fraternels et plus responsables pour leur lâcher la bride. Un pacte se scelle et le reste de la journée le prouvera.


De toute façon la « maison folle » nous impose une mise en action immédiate du pacte. Car pour les laisser gambader à 30 mètres au dessus du sol (d’où émergent des fers à béton dressés) sur une coursive de 30 cm de large dotée d’une rampe zigzagante en forme de liane… il faut une sacrée dose de confiance (dose pour éléphant adulte).



La « maison folle » rappelle l’architecture de Gaudi à Barcelone, dans sa dimension organique à l’opposé du concept d’angle. Pour le reste, l’imagination de Dang Viêt Nga, la célèbre architecte vietnamienne qui réalise ici un pied de nez aux exigences esthétiques du parti communiste, suit les caprices de la nature.


Bien sûr, l’espace vital et l’exposition lumineuse de n’importe quel arbre ou plante priment sur la construction. Le béton prend ici les formes d’une girafe, d’un arbre, d’une maisonnette enchantée, reliées par un dédale de passerelles ouvrant sur des chambres thématiques inoubliables, à louer pour 40 à 60$ la nuit.


Nous tremblons autant d’excitation que d’effroi en progressant sur les passerelles, doublant des japonaises accros aux selfies et visiblement insensibles au vertige. Nous terminons par une pause rafraîchissante sous la chambre « honeymoon », la plus mystérieuse et impressionnante du lot, dans un espace aménagé en salle à manger ouverte. Les enfants ont eu leur dose d’adrénaline et n’en reviennent pas. Elsa et moi sommes plutôt heureux de nous en être sortis tous les 4 indemnes, il semble évident qu’en Europe le site serait fermé dans la seconde ou converti en accrobranche-en-béton avec baudrier et lignes de vie !

Petit trajet en taxi puis nous débarquons dans l’ancienne gare de l’époque coloniale, art-déco mais plus trop, nous y croisons un couple de jeunes retraités français, qu’il est bon de s’exprimer un peu ! Nous échangeons nos plans « nord » contre « sud » car Dalat constitue notre point de croisement. Nous attendons l’antique train qui doit nous mener vers une remarquable pagode, à environ 5 km d’ici. Nous l’attendrons une heure avant de renoncer. Le temps qu’il nous aurait fallu pour nous y rendre à pied.


Nous décidons de rejoindre notre guest house à la marche. Le circuit longe l’immense lac fluo du centre ville. Des pêcheurs tentent leur chance l’air désabusé. Heureusement leurs bouchons claquent en orange fluo, ça tranche mieux sur le vert. Je vous passe l’odeur. Les enfants gambadent sur la rive, le soleil tombe et l’air fraîchit. De toute façon c’est l’heure de rentrer.


Nous avons rendez-vous à 18h30 pour passer la soirée avec les autres résidents de la guest house, en compagnie de Thien, le jovial patron des lieux.
La soirée démarre sous le signe de la bière (la Bia Saïgon, qu’Elsa connaît déjà). Normal, nos amis touristes viennent de différentes régions allemandes. Helena et Marcel, la vingtaine, un couple parti vadrouiller 1 an autour du monde. Vipke, Jeanine et Lisa, 3 copines d’environ 25 ans, qui s’offrent 1 mois de vacances au Vietnam. Un peu plus tard nous rejoignent Peter, la cinquantaine, et sa chérie vietnamienne. Peter est sud-africain et zone dans le secteur – en mode détente. Thien assure l’ambiance et les tournées de bière. On trinque à base de Yaw (vietnamien), Prost (allemand) et Santé pour toute la tablée. Les enfants sifflent des cocas en profitant du barbecue commun. Ils manient désormais les baguettes comme des pros.
Dans la foulée du dîner le groupe s’élance dans la rue adjacente, Thien nous fait grimper une volée de marches et nous boucle tous dans une pièce à l’ambiance disco, où une vingtaine de bières nous attendent, une bouteille de vodka locale et 2 cocas pour les enfants. Un vietnamien débarque avec 2 micros, une tablette et allume la TV, c’est parti pour 2h et demi de karaoké ! Ca démarre timidement. Une bouteille de vodka plus tard l’ambiance est déchaînée. Les enfants s’éclatent littéralement, il faut dire qu’ils ont bu leur poids en sucre tout en faisant preuve de beaucoup de compréhension durant le diner, lequel s’était déroulé à 90% en anglais et 10% en allemand.

Thien excelle dans les slows. Alix et les allemandes s’allient rapidement autour du répertoire de Katy Perry, Britney Spears et Taylor Swift.

Je plombe la moyenne d’âge en sortant des solos sur Dire Straits et Queen. Le fond est atteint en couple avec Elsa sur Dancing Queen.



Mais Valentin surprend tout le monde. Les mots en anglais s’inscrivant à l’écran, il n’a peur de RIEN !

L’intégralité de son art s’exprime sur la chanson Black and White qu’Alix lui a sélectionné sur la tablette sous l’étiquette Mickaël Jackson (interface intégralement en vietnamien, qu’elle a parfaitement su manier au bout de 20 minutes pour faire des recherches par nom d’artiste). Manque de bol, le système ne s’avère pas fiable à 100%, quand les paroles ne sont pas décalées de 5 secondes, parfois il manque des mots à l’écran, et dans ce cas précis il s’agit d’une chanson toute différente de celle de Mickaël. On s’approche plutôt d’un Frédéric François anglo-saxon. Qu’à cela ne tienne, Val se lance dans une impro totale de 5 minutes. Il trouve une mélodie et enchaîne les textes jusqu’au bout. Tout le monde est scié !

A 23h30 nous plions les gaules, il faut dire que pour le Vietnam ça s’apparente au bout de la nuit. Dans la rue déserte, toute la troupe slalome jusqu’à la guest house en gloussant, les enfants tombent sur leur lit. Première fiesta en famille, une vraie réussite ! Thien flotte sur un nuage, nous complimente pour l’éducation de nos enfants, leur fraîcheur, leur gentillesse, leur curiosité… nous montons sur son nuage discrètement, pas peu fiers. Il clôt la soirée en nous partageant son adage : « tout ce que nous faisons, nous le faisons pour nos enfants ». 3 minutes plus tard, tout le monde dort.
Ayant ressenti votre angoisse concernant la maison folle, j’ai vérifié son mode de construction : c’est signé eiffage donc aucun soucis concernant le respect des normes locales en vigueur. Vous êtes des gros veinards : vous avez échappé à bouygues.
Pour ce qui est du karaoke : alix n’a pas trouvé du stone et charden ? Ou la dernière reprise de the voice ….quel dommage !
En tout cas c’est cool : elle est désormais bilingue tablette.
Dans l’attente de vous lire.
Merci beaucoup Bruno, Alix m’a par exemple expliqué que « chòn » doit vouloir dire « valider », il faudra que je vérifie.
Ils sont vraiment à l’aise ces p’tits, et même à 30 mètres de haut. Je n’ai jamais craint pour la solidité de l’édifice, mais comme Alix avait 2 fois la place de passer entre la rampe et les marches, que tout ce qu’elle fait se passe en courant, et qu’elle apprécie doubler les gens sans doute pour se faire « plus peur »… Je te laisse imaginer nos têtes !
Grosses bises à vous 5
Aux risques de la hauteur le dancefloor sécurise, encore faut-il se lancer …
bravo pour ta prose matthieu, j’ai frémi comme vous en pensant aux dangers et rigolé en imaginant le karaoké (surtout celui des parents )