Après les 22 bornes de la veille, nos mollets nous hurlent en finnois de nous calmer un peu. Sans même nous concerter nous décidons de les écouter et de profiter un peu du magnifique appart’ dans lequel nous logeons.

Celui-ci se trouve dans le quartier de Kallio, ancien coin ouvrier aujourd’hui devenu ultra branchouille. Ses espaces industriels reconvertis bourdonnent d’activités créatives, d’art urbain à tous les coins de rue, de restos innovateurs et de bars de métalleux. Pour l’heure, nous dévorons notre petit dej préparé avec les provisions achetées la veille (yaourt nature mélangé à de la banane, de la pomme et des myrtilles et cinnamon roll de l’avant-veille) puis bullons en slip jusqu’à 13h30. Il fait doux, la vue est splendide (donnant sur un festoche de musiques actuelles sur l’autre rive du bras de la Baltique) et l’endroit délicieusement cosy.


Enfin prêts, nous nous élançons afin d’aller bien au-delà de balade d’hier, à l’extrême nord de la ville. L’objectif : visiter le musée en plein air de Seurasaari, qui présente 87 bâtiments et maisons, demeures classées et importées de toutes les provinces de la Finlande. Grâce au sens de l’orientation hyper aiguisé de Matthieu, nous évitons les 1000 circonvolutions du chemin (c’est le paradis des promeneurs, joggers et autres cyclistes ici) pour parer au plus rapide, sans toutefois bouder notre plaisir. Nous hallucinons sur le fait d’être dans une capitale européenne et pourtant traverser une profonde forêt, longer un chemin le long d’une côte que l’on dirait sauvage ou jouer au funambule sur des blocs de granit moussus. Nous croisons un impressionnant nombre de libellules, d’insectes et autres piafs en tous genres. Alix jette rapidement son dévolu sur une sorte d’oie noire et grise à tête blanche qu’elle baptisera « cageon », intéressant mix entre le canard et le pigeon. Google nous apprendra le soir qu’il s’agit en réalité de bernaches nonnettes, une espèce migratrice très commune dans le coin. Néanmoins, le terme « cageon » nous séduira et nous poursuivra le reste du voyage pour désigner n’importe quel truc à plumes.




Nous croisons souvent de grandes demeures scandinaves, plus ou moins perdues dans la forêt, qui nous rappellent le style victorien ou l’esprit colonial des demeures bourgeoises du Vietnam. Âpres discussion sur leur propension à être hantées (perso je pense que oui, carrément, Conjuring’ style) – c’est vrai que nous n’aimerions pas passer la nuit dans l’une de celles qui tombent en ruine.



Nous contournons le stade qui accueillit les jeux olympiques d’Helsinki en 1952, ce qui, j’en conviens, ne présente qu’un intérêt fort limité mais bon on l’aura vu.

Nous arrivons au terme d’une agréable marche au bord du pont qui mène à l’île-musée. Il est 15h passées, on a déjà près de 10 bornes dans les pattes, le gang des pleureuses réclame sa pitance.

Nous franchissons le pont, davantage alléchés, il faut l’avouer, par l’idée de trouver un café que par l’attrait de la pluralité de l’architecture finlandaise du début du siècle dernier. Nous payons les 30€ de la visite (ouch) et entamons la découverte du site. C’est assez impressionnant de constater la rudesse de la vie en Finlande au travers des bâtiments que nous croisons : les volumes sont parfois tous petits histoire de conserver la chaleur, les toits sont parfois très pentus pour gérer les 800 tonnes de neige qui tombent à l’heure, on pratique le triple vitrage dès la fin du XVIeme siècle et les garde-mangers sont construits en hauteur, en mode hutte d’Assurancetourix, pour éviter de se faire piquer son Galak par des ours.


Le café tant attendu est enfin devant nous, en bon gros bois bien mastoc, avec ses bons gros beignets a la saucisse bien mastocs également. Nous nous installons à table mais peinons à savourer : nous sommes entourés de dizaines de guêpes qui elles aussi raffolent des tourtes finlandaises ; comment les en blâmer ? Effrayés de prime abord, mais cédant à la faim, nous décidons de les ignorer afin de nous taper notre délicieux repas. Matthieu ne s’interrompra d’ailleurs que très brièvement de mastiquer lorsqu’il se fera piquer à la cheville, juste le temps d’articuler un rapide « ouille », mais ne lâchera pas pour autant sa saucisse et la terminera jusqu’à la dernière miette avant de s’enquérir de son bobo. Quel trappeur de l’extrême ce Matthieu ! Pas étonnant selon Val : son papa c’est le plus fort, il a un BTS d’ingénieur du son.

Nous reprenons notre flânerie autour de l’architecture finlandaise d’antan. La plupart des bâtiments ont réellement été habités avant d’être démontés et installés sur cette île. Nous pénétrons dans un manoir bourgeois de la fin du XVIIIeme siècle à l’aspect fantomatique, et dans un temple protestant qui fout bien les miquettes lui aussi. Des guides anglophones en habits traditionnels expliquent le comment des systèmes de chauffage de l’époque, le pourquoi de la longue pique en bois située derrière l’autel (concernant cette dernière, elle servait tout simplement à en mettre un coup sur la gueule du fidèle qui s’endormait durant l’office, celui-ci pouvant durer plus de 4 heures, cqfd). Si l’ensemble est assez cocasse, il dégage tout de même de cette île un je-ne-sais-quoi de lugubre, brrr, cassons-nous.




Sur le chemin du retour, Matthieu et moi informons les enfants que nous allons maintenant rallier l’hyper-centre à pinces pour aller visiter le musée du design. Hurlements de putois des 2 martyrs : non mais ça va pas, on va pas se taper encore des milliards de kilomètres pour voir des trucs chiants, en plus on a froid/mal au pied/envie de faire caca/faim/soif, on est vraiment nuls comme parents, on pourrait quand même rentrer se reposer, c’est pénible à la fin ! En alternant pauses (je peux boire un coup ?) et arrêts divers (l’étiquette de ma godasse me fait mal), nous atteignons enfin le centre ville en ignorant la petite voix qui murmure aux oreilles parentales qu’en Finlande aussi il est strictement interdit de buter ses enfants.

Pour s’acheter une tranquillité, nous leur clouons le bec avec des glaces (11,70 € les 2, ils sont fous ces finlandais). Alix décrètera rapidement que finalement elle n’aime pas trop la sienne et la donnera à son frère, ravi de l’aubaine.

Le capital patience des parents étant largement épuisé, nous décidons de rentrer ranger les enfants à l’appart’ avant de ressortir dîner en amoureux. Nous voilà en vue de notre chez-nous, croisant le public du concert d’un DJ de Métal de ce soir. Tout ce petit monde se rince activement la dalle, parfois assis dans des espaces dévolus à cet effet, les looks sont ultra léchés, l’ambiance vraiment super sympa.

Après un détour au supermarché pour acheter le dîner des kids, Matthieu et moi ressortons dîner dans un resto syrien proche du sublime, puis rentrons lancer une lessive et nous coucher. Plus de 19 bornes à pied parcourues aujourd’hui ; demain nous louons une caisse et nous quittons Helsinki.

