Premiers pas à NYC – 21 octobre

Réveil difficile après une nuit en gruyère : mais nom d’un chien où suis-je ? Bien vite les lumières se rallument et il est temps d’envisager la journée ensoleillé qui s’offre à nous. Matthieu doit travailler aujourd’hui, alors nous ne tardons pas. Nos ventres sont vides et nos horloges biologiques passablement perturbées, mais pas grave ; nous nous élançons joyeusement dans les rues de cette agréable banlieue de Jersey City, toute proche de la rivière Hudson derrière laquelle se détachent les buildings de Manhattan.Le quartier est résolument latino, ça cause espagnol mais du nez, avec la voix pincée qu’affectionnent les ricains. Valentin, qui a commencé l’espagnol en LV2 au collège cette année alors steuplait, tente de capter quelques mots – en vain. Les maisonnettes coquettes mais pauvrettes sont parées des décos d’Halloween ; les parcs, terrains de sports en tous genres (baseball, tennis, basket, volleyball etc), ne sont pour l’heure peuplés que de gras écureuils gris (cris stridents d’Alix) qui grignotent les détritus sous les bannières étoilées.

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Notre humble demeure

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Après quelques détours pour choper notre bus à cause d’un cross de la police locale (très visuel), nous informons Val qu’il a désormais 11 ans pour ne pas payer ses transports et nous engouffrons dans la navette.

Arrivés au croisement de la 42th street et de la 8th avenue, nous marchons quelques blocs et nous attablons dans une cantine proche du centre des congrès où Matthieu ira tout à l’heure raconter des geekeries à des types que je devine moyen fun. En fait, notre cantine n’en ai pas vraiment une. Il s’agit plutôt d’un buffet-supermarché où tu choisis ta pitence, passes à la caisse et éventuellement t’attables pour déjeuner. Je me jettes sur un café americano proche du divin, ici aucun puriste de l’arabica ne me casse les pieds parce que c’est de la pisse d’âne alors j’en profite. Les enfants et Matthieu craquent sur des muffins à l’omelette et steak de chair à saucisse, j’opte pour un sandwich de dinde et une salade, et smoothie pour tout le monde. Point trop de malbouffe ici, comme d’ailleurs partout à Manhattan depuis que la mode healthy est en vogue. Du bio, du gluten free, du thé blanc, des fruits et légumes à croquer, le tout à prix d’or ; tel est le crédo du moment, remisant les burgers et compagnie au second plan (mais pas trop loin quand même, faut pas déconner).

C’est l’heure pour Matthieu de nous quitter, nous nous retrouverons à 15h. Il me charge d’aller chercher, au fil de nos pérégrinations avec les kids, nos New York Pass à Times Square. Ces pass sont un véritable sésame permettant de visiter un million de trucs à New York, gratuitement et en mode coupe-file. Chaque pass coûte une somme rondelette, mais Matthieu, fin limier, a chopé une gentille réduction sur internet. Le calcul est le suivant : à partir de 2 ou 3 visites par jour, ce pass est largement rentabilisé.

Tout cela est bien joli mais, en attendant, je me retrouve seule à Manhattan avec mes petits. Un frisson d’excitation me parcourt l’échine. Je tente de faire comme si c’était une situation normale, un exercice auquel je suis rompue, c’est bon je gère c’est comme la rue Gambett’ à Poitiers mais en un peu plus gros. Très vite cependant ma simili classe-attitude s’envole et je jubile bruyamment tellement c’est génial. Les enfants partagent mon allégresse, font des ouah et des oh, et commentent tout ce qu’ils voient : les églises gothiques en briques ceintes de buildings, les food trucks, les looks des gens, la fumée qui sort des grilles de métro, les voitures comme dans les films, les grosses dalles grises des trottoirs, les vitrines d’halloween, les sirènes qui hurlent dans le lointain… Curieusement, Val cherche frénétiquement des faucons pèlerins, car New York abrite la plus grosse concentration mondiale de ces bestioles (c’est vrai : c’est Matthieu qui l’a dit), tandis que Lilix guette les œuvres de street art (elle doit faire un exposé sur ce thème à l’école).

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Ceci n’est pas un faucon pèlerin

Nous arrivons à Times Square, croisement entre la 7th avenue et Broadway. Même en plein jour ça clignote et clinque de mille paillettes : hâte de voir ça by night. Les enfants notent la ressemblance avec Shinjuku la tokyoïte, en plus music hall : tout juste les kikis !

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Les écrans géants de Time Square

Le musée de Madame Tussaud est là, très sobre ; c’est ici que je récupère les NY Pass. Nous continuons notre chemin sans crainte de nous perdre, car dans ce coin de Manhattan les rues sont agencées en quadrillage, et arrivons enfin à notre première visite : la New York Public Library. Ce magnifique (bien qu’un brin trop solennel) édifice du XIXème siècle est la seconde plus grande bibliothèque des US et ça se sent. À l’intérieur, un labyrinthe de vastes couloirs, d’imposants escaliers de marbres, de magistrales salles parquetées de chêne craquant sous le poids des âges et couvertes de rayonnages de livres anciens, des plafonds peints en pur style pompier mais quand même ça claque, des salles de lectures dignes de Poudlard, des portraits de gens sérieux qu’on-sait-pas-qui-c’est mais sûrement des types importants (« c’est pas Jo le clodo ces gars-là », notera Val avec force justesse et acuité) et des New-Yorkais qui travaillent, lisent ou se reposent au milieu des ouvrages.

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Nous déambulons un instant, puis sortons admirer les deux lions en pierre de l’entrée de bâtiment, symboles de la bibliothèque.

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Tout cela a donné faim aux deux dents creuses qui m’accompagnent et qui avisent un camion de marchand de glaces, le vrai de vrai, avec ses promesses alléchantes, sa petite musique cristalline et, à l’intérieur, son monsieur qui fait la gueule. Le fait que nous sortons de table depuis à peine une heure n’émeut pas les morfales
qui optent pour un cône vanille tandis que j’essaie de me rappeler dans quel film d’horreur j’ai déjà vu ce camion.

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Nous récupérons Broadway puis Times Square en essayant de nous cacher du soleil : 25 ou 26 degrés, un temps estival, quel plaisir en cette mi-octobre ! Nous voici en plein temple de la consommation, et visitons le gigantesque et spectaculaire Disney Store en ouvrant des yeux ronds.

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La tentation, (directement suivie de la frustration), est énorme, tout incite au craquage ! Chaque franchise est là, avec ses jouets, ses fringues, ses costumes, ses accessoires… une ode au produit dérivé. Alix et Val courent d’un mural à l’autre en poussant des cris, listant ce qu’ils rêveraient de posséder ou d’offrir. Alerte rouge dans la tête de la maman qui sent poindre le psychodrame, et mise en place d’un petit jeu visant à surmonter la frustration : nous « tchiquons » ce qu’il nous plait, selon un rituel d’Alix quand elle était petite. En clair : on désigne du doigt l’objet convoité en disant « tchic ! », et aussitôt il devient nôtre, rangé dans un grand sac invisible. L’air de rien cette astuce empêche l’accumulation imbécile et la pénurie de dollars, tout en amoindrissant l’impression d’un (relatif) dénûment : c’est magique.

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$ 7,95 / 100 g – on s’est contenté de la photo

Nous poursuivons notre séance de shopping fictif au M&Ms store, stupide boutique sur 3 étages dédiées aux bonbons multicolores, puis nous filons tchiquer tous azimuts au Nintendo store puis à la maison de la poupée. Là, Lilix ne tchique ni ne rigole plus du tout tant l’envie de posséder une belle poupée est grande. Il y en a de toutes sortes, carnations de peau et couleurs de cheveux, tenues et accessoires… Leur point commun à toutes : leur tarot ; 115$ piece, merci bonsoir. Nous quittons la boutique avec une Lilix larme à l’œil et menton tremblant, alors on se remémore, tandis que nous passons devant le Rockefeller Center, quelles sont les vraies richesses de la vie, comment les petites filles de Bali jouaient aux osselets avec des coquillages trouvés sur la plage, comment les enfants vietnamiens chantaient au vent en riant (et combien, accessoirement, nous sommes chanceux de tenir cette discussion depuis Broadway).

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Here we go!

Nous retrouvons Matthieu, qui sort flapi mais heureux de sa journée de boulot, et allons siroter un rafraîchissement dans un bar voisin. Le jetlag nous tombe dessus d’un coup ; il faut dire qu’on a bien crapahuté aujourd’hui : nous rentrons à Jersey City. Nous avisons un resto chinois délicieux et gargantuesque et nous endormons enfin, épuisés de cette belle journée.

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Posted in ...des parents, New York City, USA.

2 Comments

  1. quel plaisir de retrouver votre récit de voyage ! elsa, ta prose est toujours aussi formidable , et en te lisant nous partageons vraiment votre voyage . bravo à toi
    tout cela me donne envie d’aller à N Y , vous avez vraiment de la chance . profitez bien et cela ne m’etonne pas que les enfants soient ravis ; maintenant que matt vous a rejoint les vacances familiales commencent ! mille bises josiane

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