Bye bye Huê

Deuxième réveil glacé dans notre humide guest house de Huê, qui décidément ne nous laissera pas un souvenir impérissable. C’est notre dernier jour dans la ville ; notre programme de visites est donc assez chargé.

Nous optons, une fois n’est pas coutume, pour un circuit touristique avec guide anglophone. On doit venir nous cueillir à l’hôtel d’assez bonne heure, pas le temps de lambiner. Valentin et Matthieu se dévouent pour aller chercher les banh mi du petit dèj’ (et découvrent par la même occasion LE raccourci qui tue, celui qui nous aurait bien facilité la vie depuis 2 jours), pendant qu’Alix et moi bouclons nos paquetages. Nous avons déjà dealé avec les proprios la possibilité de laisser nos gros sacs à la guest house pendant nos excursions. Banh mi à l’omelette avalé, little banana dévorée ; la dame du circuit arrive et nous prie élégamment, dans un sourire radieux et avec d’obséquieuses manières, de nous manier le trognon.

Nous grimpons dans le bus, à moitié rempli de touristes de toutes nationalités, et nous voilà partis dans la cambrousse environnante visiter, pour commencer, les mausolées de trois empereurs vietnamiens. Ces trois édifices, éparpillés dans les hauteurs de Huê à une dizaine de kilomètres de la ville, ont pour point commun de souligner le caractère un tantinet mégalo des trois lascars. Les mausolées sont principalement des lieux de recueillement, d’hommage aux empereurs ; leurs sépultures n’étant pas ouvertes aux visiteurs – quand ces messieurs sont enterrés sur place, ce qui n’est pas toujours le cas.

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Le cadre est superbe ; la montagne, la rivière des Parfums qui serpente dans la vallée, la forêt luxuriante, les nombreux lacs se révélaient un véritable écrin pour ces mausolées. Je m’exprime là au passé car « l’écrin » a pris un méchant coup pendant la guerre du Vietnam : la zone fut cruellement touchée par les bombardements à l’agent orange, une saloperie à la dioxyne qui a durablement pollué la région et décimé les populations locales. Aujourd’hui encore, les enfants qui naissent dans la région sont lourdement handicapés, quand ils ne meurent pas dans leur première année, nous expliquera notre guide qui ne fait pas semblant d’être communiste et farouchement anti-américain.

Le premier mausolée où nous nous rendons est celui de l’empereur Minh Mang (début XIXème siècle), un majestueux édifice entouré d’un parc splendide où de petits ponts enjambent de magnifiques bassins, où de jolis jardins paysagés encadrent les temples et autres salles de méditation. Vu d’avion, le site représente la silhouette de l’empereur, ce qui met les enfants en joie, ces derniers voulant à tout prix repérer l’endroit où se situerait le zizi impérial. La balade est très agréable, nous batifolons gaiement, mais déjà sonne l’heure de rejoindre le bus.

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Le second mausolée est celui de l’empereur Tu Duc (fin XIXème siècle), dont le patronyme nous offrira de nombreuses possibilités de jeux de mots hilarants. Cet empereur était chaud bouillant ; avec ses 104 épouses et ses centaines de concubines, il ne devait pas s’ennuyer pendant les longues soirées d’hiver. Là encore, un édifice gigantesque, entouré d’un parc somptueux ; il faut dire que notre ami Tu Duc était un esthète et un poète plutôt talentueux.

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Poète d’accord, mais fallait pas déconner non plus ; Tu Duc ordonna de son vivant que les quelques 200 ouvriers ayant construit son tombeau soient décapités, afin de tenir l’emplacement de sa dernière demeure hors de portée des pilleurs. Le dernier mausolée est celui de Khai Dinh (debut XXème siècle), qui fricotera sans vergogne avec ces vermines de colons français et n’apporta rien au peuple vietnamien, nous expliquera notre guide qui ne fait pas semblant d’être communiste et farouchement anti-français.

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Nous nous arrêtons ensuite dans une école de Vô Kinh Van An, un art martial vietnamien qui pratique la fight bien brutale avec coups de pieds, de mains, de sabres, de bâtons et d’éventails, le tout en poussant de grands cris rauques au son de percus guerrières. Nous avons droit à une démonstration de combats réalisée par de jeunes athlètes musclés et fort jolis, c’était très, très bien. Valentin et Alix sont en transe ; il faut dire que la démo est impressionnante, surtout quand ces sémillants jeunes hommes commencent à casser des briques avec le tranchant de la main, puis à s’entre-casser des briques sur eux, puis à faire mine de s’enfoncer des lances dans la gorge (mais heureusement leurs muscles hyper musclés empêchent les bobos, trop fort).

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Bref arrêt dans une fabrique d’encens, une des spécialités locales (c’est rigolo de voir cette dame souriante fabriquer manuellement son encens, avec un rendement impressionnant), et nous partons déjeuner dans une cantine à l’odeur pestilentielle dont je ressors passablement barbouillée malgré la frugalité de mon repas.

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C’est reparti mon kiki : nous rallions Huê pour embarquer sur un petit bateau à moteur qui, dans un boucan d’enfer, nous mène à un tranquille jardin fruitier. Etant des nullités notoires en botanique, nous apprenons à reconnaitre les différentes variétés que nous croisons (ananas, manguier, papayer, ylang ylang etc) et en profitons pour collecter des feuilles pour l’herbier d’Alix – nous faisons toutefois l’impasse sur les feuilles de bananier qui peuvent atteindre le mètre, n’ayant pas sous la main d’ouvrage assez grand pour les y faire sécher.

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Retour au bateau, puis direction la pagode Thien Mu, où nous assistons à un office bouddhiste absolument saisissant. Cinq bonzes psalmodient des chants sacrés en s’accompagnant de percussions sonores et entêtantes ; des dizaines de bâtons d’encens se consument, leurs ondulantes volutes remplissant le temple rouge et or. Le grand Bouddha qui sourie face à eux semble les contempler, satisfait, entouré d’offrandes de fruits et de bougies. Les fidèles prient avec ferveur, les yeux dans le vague, murmurant leurs prières. Les touristes se font tous petits ; l’instant est solennel et étrange, le chant des moines incessant, enivrant, hypnotique ; impossible de quitter les lieux… Finalement les bonzes se mettent en mouvement et, sans cesser leur lancinante prière, déambulent dans le temple, suivi par les fidèles, puis disparaissent. L’office est terminé, la foule se disperse, étourdie, avec un vague mal de crâne causé par l’encens. Dehors, le soleil, les oiseaux, les perches à selfie et les klaxons au loin ; retour à la réalité.

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Notre bruyant bateau nous largue à proximité de notre guest house, que nous regagnons en envisageant notre départ imminent : nous devons quitter Huê ce soir, rallier l’aéroport à 15 bornes (comment ? pour combien ? on sait pas), prendre un avion pour Hanoï (atterrissage prévu à 23h, à l’aéroport situé à 45 bornes du centre d’Hanoï), puis rallier notre guest house (comment ? pour combien ? on sait pas), et se coucher vers 1h du matin. Nous ne nous affolons pas devant toutes ces inconnues, on se débrouille toujours, stresser ne sert à rien, faisons les choses… à la vietnamienne. Sur notre chemin un groupe de jeunes étudiantes nous arrête et entame la conversation : nous resterons une bonne demi-heure en leur compagnie, à s’étonner les uns les autres, à se prendre en photo (Alix remportant tous les suffrages parce que soooo cuuute, Val faisant glousser les demoiselles).

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Nous récupérons nos sacs à la guest house et sautons dans un taxi, qui finalement ne sera pas aussi onéreux que ça, puis nous prenons notre avion tranquillement – à la vietnamienne on vous dit.

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A l’arrivée nous sommes de véritables zombies, ivres de fatigue : les enfants dorment debout. Reste à savoir comment rejoindre le centre ville. Devant l’aéroport, nous trouvons une navette bon marché dans laquelle nous nous entassons. Montent également à bord des vietnamiens qui, amusant détail, voyagent avec des glacières en polystyrène remplies de poisson, de viande ainsi que de grands sacs d’ail (tout ceci a voyagé par avion, en soute).

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L’odeur est véritablement épouvantable, un supplice qui nous provoque illico une double fracture des narines mais qui ne nous empêchera pas de nous endormir tant nous sommes épuisés. Une heure et demie du matin, Hanoï centre, guest house, découverte de la chambre : il n’y a qu’un lit double et un lit simple. Je sais pas vous mais pour Matthieu et moi, passée une certaine heure, l’instinct parental baisse considérablement. Nous couchons donc les enfants dans le lit simple, en mettant un oreiller à chaque extrémité, avec pour consigne de caler ses jambes toi par là, toi par là. Ils sont tellement épuisés qu’ils acceptent de suite et s’endorment sans moufter ; je pense que si on les avait mis sur cintre dans la penderie c’était tout pareil. Nous nous couchons à notre tour, enfin, impatients de découvrir la capitale – mais après la grasse matinée cela va sans dire.

Posted in ...des parents, Huê, Vietnam.

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