Réveil agréable dans notre chambre d’hôtel à Niagara-la-Canadienne, nous bullons comme des bienheureux dans nos plumard tous chauds alors que dehors ça brouillard-pluie-vent à kimieumieu. Comme la plupart des chambres d’hôtel du continent nord-américain, la nôtre est pourvue d’une petite machine à café qui me permet de me taper ma dose de kawa avant même d’avoir eu le loisir d’enfiler une culotte, il faut savoir apprécier les plaisirs simples.
Puis, quand même, nous nous habillons et sortons en quête d’un breakfast comme nous les aimons en ce moment : trop gras, trop salés, trop sucrés. Là encore, Matthieu a prévu le coup et le Denny’s le plus proche est à 24 mètres de l’hôtel, record battu. Le menu sera au final décevant car le petit dèj n’est ici envisageable qu’avec saucisse, œuf et bacon, même quand tu commandes des bêtes pancakes au sirop d’érable ou de simples toasts. Ne goûtant que modérément le salé le matin alors que Matthieu si, nous commandons une assiette à deux et roule ma poule.

Sinon y’avait du saumon grillé au sirop d’érable
Nous rallions ensuite les chutes pour notre visite du jour : descendre à leurs pieds et découvrir les tunnels se trouvant cachés derrière le rideau d’eau. Nous enfilons une fois de plus de seyantes capes en plastique et enchaînons gaiement avec la visite. Le balcon au pied des chutes est impressionnant, l’eau déferle à une vitesse folle dans un grondement qui impose le respect. Les tunnels, eux, ne revèlent qu’une expo de panneaux explicatifs et deux ouvertures sur les chutes vues de l’intérieur ; l’intérêt du truc réside davantage dans le fait de se dire « arf, je suis derrière les chutes du Niagara » qu’autre chose.


Nous nous défaisons de nos petits capuchons de caoutchouc et rejoignons notre voiture, direction le supermarché Walmart à quelques kilomètres de là. Comme toujours, l’expérience des grandes surfaces Walmart vaut son pesant de cacahuètes, tant sur les produits à la vente (parfois dans des volumes dingues) que dans la faune qui erre. Nous dégottons des costumes pour Halloween à des prix défiants toute concurrence, puis achevons nos emplettes au Family Dollar d’à côté (une autre enseigne fort sympathique).

Qui veut 5,8 tonnes de chips ?

Un bouton dans la languette permet de changer la couleur de la semelle : la classe américaine

Cela fait, retour à l’hôtel pour un peu de production d’écrit (en mode yoga Bikram pour Val), condition sine qua non pour aller faire un plouf dans la piscine de l’hôtel. Celle-ci, déserte, possède aussi un jacuzzi… bonheur.




La steak house qui nous ouvre ses portes ensuite est de qualité médiocre mais fort sympathique, ambiance chaleureuse et très sportive (rapport à la foule attablée devant des pichets de bière commentant le base-ball et le foot américain diffusés sur différents écrans un peu partout). La digestion commence : nous nous couchons en nous promettant de faire une cure de bouillon de légumes une fois rentrés à Poitiers – je nous connais, on ne le fera pas.
Le lendemain, un rapide bain à la piscine avant de monter en voiture, direction le pays de l’Oncle Sam. Près de 5h de route durant lesquelles nous traversons l’état de New York puis celui de la Pennsylvanie, sous une pluie battante qui ne cessera que tard dans la nuit. La Pennsylvanie est très rurale et essentiellement composée de gigantesque forêts couvrant des centaines de kilomètres carrés entre un pauvre village de mobil-homes et une petite ville que l’on devine autrefois cossue mais aujourd’hui désertée. Les arbres ont pris leurs couleurs d’automne, les petites montagnes (la chaîne des Appalaches, grosse histoire amérindienne dans le coin) encadrent d’énormes lacs et rivières, c’est vraiment très beau. Nos rares arrêts dans les stations services (toutes bondées, car elles font aussi office de café, snack et finalement lieu de vie pour les autochtones) nous offrent un aperçu de l’Amérique profonde ; on y vient en combinaison de travail et les bottes crottées, on cause fort et on engloutit des donuts. Nous croisons quelques Amish en charrette tirée par des chevaux ; la Pennsylvanie abrite près de 25% de cette communauté de joyeux lurons. Les maisons sont parfois coquettes, souvent délabrées, occasionnellement à l’abandon. Il émane de l’ensemble un fort côté « cours Forrest » (image de Matthieu Parmentier) très agréable à découvrir.

« On dirait une forêt de brocolis », dit Matthieu, qui décidément est en verve

Sur la route, des pubs pour l’armée, les bagnoles et les flingues
De notre côté, nous nous régalons. L’itinérance nous plaît, même si nous enquillons les kilomètres sans rien visiter (temps pourri et délais trop courts obligent). La route est sublime et nous comptons joyeusement les carcasses de cerfs bouffées par les corbeaux étendues sur le bas-côté (ça a l’air dégueu comme ça et ça l’est, en fait). Les enfants s’occupent et lisent, nous écoutons de la country, jouons tous les 4 (en ce moment le jeu à la mode est le Black Jack à notre sauce). Nous sommes bien.
Arrivée à la nuit tombée dans un bled semi-sinistré, dans un chouette motel où nous nous tapons le luxe de prendre 2 chambres (les choses ici coûtent le quart de ce qu’elles coûteraient à New York on en profite), puis allons dîner pour presque rien dans une pizzeria gargantuesque. Retour au motel, dans la chambre parentale, où nous nous calons tous les 4 dans le lit King Size – 2×2 m, c’est terrible, il sont trop forts ces ricains. Puis, chacun réintègre son pageot, et nous nous endormons en écoutant la pluie tomber, volupté.

Une pizza grosse comme une roue de tracteur

Val devant son kilo de pâtes

Aujourd’hui lundi, nous enfilons nos derniers slips propres ; il devient urgent de trouver un laundromat. En attendant, nous reprenons la route pour rallier New York et plus précisément Brooklyn, où se trouve notre dernier hôtel. Nous revoilà sur les routes de Pennsylvanie et, après un brunch vraiment pas top dans un resto de la chaîne Dunkin’Donuts, nous voyons poindre à l’horizon les buildings de Manhattan.


Un pont à 15$ plus tard, nous y voilà. Je conduis prudemment car les new-yorkais mènent leurs énormes bagnoles comme des brutes ; on double par la droite, slalome entre les travaux et roule au moins à 15 miles au-dessus de la limite. Enfin, voilà l’hôtel, en plein quartier branchouille de Brooklyn mais néanmoins encore assez populaire. Pendant que Matthieu va rendre la voiture de location, je pars avec les enfants à la laundry et j’ai vraiment l’impression d’être dans le film « Do the right thing » de Spike Lee – qui, après vérification, a bel et bien été tourné dans le quartier, la classe. Matthieu nous rejoint dans cette énorme laverie où les gens de toutes origines bavardent, les enfants galopent, dans un joyeux bordel qui sent bon l’adoucissant. Une dame d’origine mexicaine, intriguée par notre dialecte, vient nous causer, avant d’enchaîner sur des considérations mystiques et vaudous, le tout en pliant son petit linge. C’est assez surprenant cette facilité qu’ont les américains à engager la conversation avec n’importe qui avant de s’en retourner vaquer à leurs occupations ; ça paraît improbable en France. Nous retournons à l’hôtel, repérant au passage quelques magasins de costumes d’Halloween pas trop chers, puis sortons dîner dans un resto de hipster trendy super hype où l’on sert des salades de quinoa (et aussi de gros burgers pour les enfants, faut pas déconner non plus). Nous rentrons doucement en bavardant et rigolant, admirant les graffs sur les murs, et pressés d’être à demain pour fêter Halloween !

la fin approche !!!!!!halloween aussi ! bonne soirée , on attend les photos