Voyage vers New York City – 20 octobre

Le réveil sonne à 8h, comme convenu d’un commun accord la veille au soir.

Éveillée depuis un bout de temps déjà, je fixe le halo du réverbère dessiner un bête trait sur le mur beige de ma chambre. D’ordinaire ce halo illumine le teint de nacre de « La Jeune Fille à la Perle » tandis qu’elle me fixe depuis son cadre, son regard changeant d’expression à la faveur de mes humeurs nocturnes. Ce tableau fut accroché au mur avant même de connaître l’existence de ce rayon lumineux qui vient, chaque la nuit, en accentuer les clairs-obscurs. Mais depuis que Matthieu a déserté le lit conjugal pour aller faire le malin à New York, et surtout depuis qu’avec ma pote Fanny on a regardé « Conjuring 2 » by night, un film qui fout les miquettes j’te raconte pas, la Jeune Fille et sa Perle vont ronquer dans le dressing, face contre le mur, j’aime autant.

Bref il est 8h, je cogite depuis au moins 2 quarts d’heure, aller hop c’est ti-par.

Quand Jean-Marc arrive 2 heures plus tard, on a bien gazé. Les valoches sont prêtes, la maison est clean, les poubelles/frigo/cendars vidés, les enfants nourris-lavés-blanchis, le chat itou, ready to go! Un gros poutou au JM (qui lâche au passage, hilare et complice, un bifton aux enfants, tout en chargeant Crocus miaulant de terreur dans le coffre de sa bagnole ; mes parents sont quand même très cools) et nous voilà sur le quai de la gare de Poitiers, puis de là sur le quai de la Gare Montparnasse, ça pulse.

Il est bientôt midi, allons casser une graine. Le métro fétide et bondé nous crache à Saint Michel, heureusement que nous sommes très peu chargés. C’est Matthieu qui a embarqué le gros de nos affaires en ralliant NYC mardi dernier, ayant l’opportunité d’embarquer plein de bagages et nous évitant ainsi une douloureuse attente sur le tapis roulant de l’aéroport JFK avec le jet lag dans la tronche, il pense à tout ce Matthieu.

Bon pour l’heure il est midi 12 et on est dans le quartier latin… alors mangeons typique : ça sera libanais. Une seule consigne aux enfants ; il est interdit de choper turista ou salmonellose ! Notre kefta avalée, nous flânons quelques dizaines de minutes au soleil puis nous engouffrons de nouveau sous terre pour aborder la partie la plus flippante et aléatoire, à mon sens, du trajet Poitiers/Manhattan : le RER jusqu’à Charles de Gaulle.

J’ai toujours détesté le RER, dont les trajets trop lointains m’inquiètent, les petits noms m’exaspèrent, les passagers me dépriment. Après avoir fait les 400 pas dans les boyaux sous-terrains à la recherche de ce connard de RER B, avoir fait la queue derrière des anglais pour acheter des billets sur une machine indiquant « erreur lecture carte – veuillez payer en espèces », avoir constaté que les guichets étaient fermés car en pause dèj, avoir répondu « mais j’en sais rien Monsieur, je suis paumée comme tout le monde » à un type au bord des larmes qui demandait à la ronde, fébrile, comment aller à Juvisy, et enfin envisagé de sacrifier les études des enfants pour raquer un taxi qui nous mènerait direct à CDG, bref, passablement énervée après tout ça, miracle, une dame estampillée RATP revient de sa pause dèj et éclaire notre lanterne, ainsi que celle du monsieur qui allait à Juvisy, ouf et re-ouf. Une fois sur notre quai, nous consultons le panneau lumineux sensé nous renseigner sur la rame dans laquelle monter, mais celui-ci étant défectueux et clignotant imbécilement dans tous les sens, nous nous plantons de train. Nous rectifions 4 gares plus loin en jouant des coudes au coeur d’une faune mécontente et patibulaire, confirmant ainsi notre intuition première : le RER, c’est vraiment de la grosse merde.

C’est donc avec soulagement que nous arrivons à l’aéroport ; nous entrons là dans un microcosme ouaté, fléché, sécurisé ; rien à voir avec ce foireux de RER B. À la vue des gigantesques halls les souvenirs remontent ; notre grand voyage avait commencé ici, 1 an et demi plus tôt… Alix est heureuse, elle fait semblant de conduire la petite navette sur rail qui nous mène au terminal 1 tandis que Val, prolixe, enchaîne blagues et anecdotes… Ils sont si heureux, ces enfants-là, de repartir voir le monde ! Tandis que nous parcourons, en plaisantant, un labyrinthe de cordons de sécurité en direction des guichets d’enregistrement, un fort aimable mais néanmoins bien indiscret monsieur en uniforme nous arrête et questionne. Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Qui allons-nous voir ? Il fait quoi votre mari ? Les enfants, elle est contente votre maman ? Vous êtes en quelle classe ? Vous faites quelles activités ? Etc. Je remarquais par la suite qu’il faisait la même aux autres passagers ; était-ce un profiler ou la commère du coin? Je l’ignore.

Considérablement en avance sur notre planning, nous traversons les différents check-points sans nous attendrir au duty free. Au passage à la douane, la petite Alix fait sonner le portique. Une gentille dame s’approche alors, lui « scanne » les mains et lui annonce qu’elle a dû les laisser traîner sur quelque rembarde en métal, accumulant ainsi suffisamment de particules pour faire sonner le bouzin. Pauv’madame, si tu savais ! Il est d’usage que Lilix, où qu’elle aille, se traîne, se vautre, se blottisse et s’affale sur tous les murs/parois/rampes/poteaux/bancs/grillages qui passent à sa portée. Tu m’étonnes qu’il sonne le portique ! C’est même étonnant qu’il n’ait pas explosé.

Le terminal est quasi désert ; nous trouvons boutiques et guichets clos. Goûtant ce calme que nous savons provisoire, nous nous installons sur de confortables fauteuils et entamons une attente de près de 3 heures. Alix, qui nous casse les pieds depuis 11h du mat’ avec sa nouvelle-version-du-petit-bac-qu’elle-a-inventé-faut-qu’on-y-joue-c’est-trop-génial obtient enfin satisfaction, Val mettra près d’une heure à repérer les jeux d’arcade en libre service et, tandis que nous sirotons un café allongé et un oasis avec 2 pailles (8,70€, me dira la dame au comptoir, j’en ris encore), le temps file vite et le terminal se remplit peu à peu.

Notre compagnie, la Norwegian Airlines, est une compagnie low-cost qui fait style-genre ; pas chère, mais le moindre supplément t’est facturé une blinde. J’achète donc des sandwichs (et du Toblerone à la demande express des enfants, désireux de claquer le bifton de JM), puis nous prenons place dans l’avion. Les déconvenues s’enchaînent :

  1. une maman a un bébé sur les genoux à quelques rangs de là. Tous les passagers aux alentours pleurent des larmes de sang à l’intérieur tant il est vrai qu’un vol de 8h, c’est beaucoup pour un petit bébé, et qu’en plus il est très dangereux d’ouvrir un hublot en vol pour le jeter dans le vide à cause de l’appel d’air
  2. on est à côté des wawas, ce qui nous promet un vol durant lequel tous nos sens resteront en éveil
  3. nos sièges se trouvent contre un mur ; il nous est donc impossible de baisser nos sièges quand nos voisins de devant, eux, le peuvent, diminuant ainsi notre espace vital déjà riquiqui
  4. les couvrantes et écouteurs sont, comme tout dans cet avion, payants, et, contrairement aux autres passagers, je n’ai pas prévu le coup.

Nous nous emmitouflons car la clim est frisquette mais je vois bien que les enfants s’en tapent complètement, de leur température corporelle. Ils parcourent la liste (merdique) des films proposés et voient les autres passagers chausser leurs écouteurs… En les voyant si malheureux, si tristesse, si désespoir, j’entends monter les violons tsiganes dans ma tête, c’est poignant, mais comment font-ils ? La carte visa brille furtivement (il y a un lecteur de CB dans chaque dossier de fauteuil… low-cost mais pas trop hein), et soudain un (splendide) stewart amène à Jo et Zette leurs écouteurs, joie et fête, sonnez trompettes, merci maman t’es la meilleure, comme quoi la maternité ça tient à peu de choses.

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Puis, vol sans histoire, ponctué par les cris du morveux et le ruissellement des chasses d’eau.

Nous arrivons exsangues, il est près de 4h du mat’ heure française. Matthieu est là, tout sourire. Nous rallions Manhattan puis le New Jersey, si fatigués que nous pouffons à peine lorsque nous surprenons une coquette jeune fille en train de photographier les derrières des gens, hommes ou femmes, restés debout dans l’allée centrale du bus ; drôle de galerie de portraits, sitôt retouchés et postés sur Instagram.

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Notre appartement comprend le rez-de-chaussée d’une petite maison typique, assez sympa, mais là on s’en fout, il est 6h du matin, allons dormir.

Posted in ...des parents, New York City.

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