Nous nous réveillons, encore bien déphasés par le décalage horaire, dans notre chambre moquettée de l’hôtel Circus Circus, dont le nom seul évoque la subtile sobriété de Vegas.
Il est 10 heures du matin et nous sommes affamés, car nos estomacs sont vides mais également parce que nous sommes alléchés par la promesse gargantuesque du brunch qui nous attend. Nous trouvons la force de nous occuper jusqu’à 11h30 et descendons au premier sous-sol de l’hôtel, direction une cantoche pas trop chère vus les tarifs prohibitifs de Vegas. Nous sillonnons les gigantesques galeries commerciales du Circus, où pullulent des boutiques vendants des horreurs en strass à prix d’or ; les escarpins de bimbo, avec talons de 14cm, léopard, faux diams et semelle rouge à la Jean-Michel Louboutin font forte impression sur Lilix. Nous traversons ensuite le casino, ou déjà est attablée une faune hétéroclite allant de la mémé accro au latino endetté, en passant par la future mariée entourée de ses gracieuses copines et par le noctambule n’ayant pas vu l’heure tourner. Tout ce petit monde fume allègrement et se rince à la Corona, servie gratuitement par des serveuses très court vêtues qui ont plutôt l’âge de faire des tartes à leurs petits-enfants (les joueurs se voient offrir régulièrement des verres, « cadeau de la maison », tant qu’il restent assis à leur machine a sous). Le Circus est un assez vieil hôtel et affiche une déco un brin défraîchie (« vintage », diront les esthètes), qui personnellement me plait beaucoup : profonde moquette brune/rouge/moutarde, statues et colonnes noires, laquées et écaillées, large bar noir et or fatigué derrière lequel s’activent deux barmen mexicains en smoking, luminaires clinquants, miroirs piqués. Il flotte dans l’air une odeur de tabac et de désodorisant senteur cerise chimique qui fleure bon l’illusion en perdition : j’adore !
Il est formellement interdit de photographier à l’intérieur des casinos
Nous arrivons à notre resto (le Circus’Buffet, la classe internationale) et faisons un court instant la queue derrière une bruyante famille à l’impressionnant gabarit. Doris, la caissière, arbore un brushing blond-sauf-les-racines qui va très bien avec sa manucure mauve et son décolleté laissant peu de place à l’imagination. De sa voix aiguë et nasale, elle nous réclame 75$, ouch. Nous prévenons les enfants qu’il va falloir les rentabiliser histoire de tenir jusqu’au soir (Matthieu et moi sommes habitués à ne faire que deux repas par jour aux US, tant les portions sont énormes et les prix élevés, mais il faut que les petits adoptent le rythme). Les enfants râlent, mais bien vite se taisent devant l’énorme buffet qui se présente à eux. Celui-ci tient plus du supermarché que du self auquel nous sommes habitués en France : sur une demi-douzaine d’allées se succèdent des montagnes de bouffe : le coin des omelettes, celui du bœuf, celui du poulet, celui du porc, des salades composées, de la cuisine mexicaine, des plats cuisinés, des garnitures, des pâtisseries, des fruits, des entremets et pour finir le rayon des boissons. Rapide débriefing en mini-groupe : nous venons de visiter des pays dans lesquels la nourriture est élevée au rang d’art et le gâchis proscrit et offensant ; nous voici dans le temple de la stupide et délétère surconsommation, alors pas question de faire nos ricains moyens en nous servant des portions que nous ne saurions terminer. Nous jetons un rapide coup d’œil à la famille qui brunche à côté de nous, qui se sert quatre hot-dogs par personne pour n’en manger qu’un, vouant les trois autres à la poubelle : les enfants acquiescent, ils ont saisis l’absurdité du système.
Nous nous régalons tout de même copieusement, essayant de mettre un maximum de vert dans notre assiette (pas facile). Nous déjeunons lentement, soucieux de suffisamment nous remplir l’estomac sans prendre le risque d’être malade sur la moquette d’un casino. Nous observons les us et coutumes alimentaires des amerlocains qui nous entourent ; clairement, malgré notre objectif « plein la panse », on reste de petits, tous petits joueurs. Autour de nous, défilé d’assiettes de bacon-mayo, omelettes de cheddar et ketchup par bols entiers (véridique, burp) : ah oui quand même.
Nous quittons le buffet avec l’agréable sensation d’avoir, autant que faire se peut, rentabilisé nos 75$. Nous papotons agréablement en commentant les monstruosités en vente dans les boutiques de la galerie : bustes du King en plâtre avec incrustations dorées, montres massives, dorées également parce que c’est joli, couvertes de strass et suintant le mauvais goût assumé, verres en plastique colorés contenant facilement 1,5 litre et arborant de désopilantes formes (jambe de femme habillée d’un porte-jarretelle en résille, guitare électrique, buste à gros nénés, j’en passe et des meilleures), mini-robes rose Barbie ras-les-fesses, sans oublier tous les gadgets estampillés « Las Vegas » (made in China). Quel régal pour nos yeux ébahis !
Au détour d’un couloir, nous tombons sur le parc d’attractions de l’hôtel. Les enfants sont estomaqués : un parc d’attractions DANS L’HOTEL, mais c’est génial ! Mais non les chouchous, nous sommes à Vegas : c’est normal. Le parc s’étend dans un espace clos (et climatisé, cela va de soi) grand comme 4 terrains de foot. A l’intérieur, deux grands huit, un laser game, des murs d’escalade et une multitude de jeux d’arcade de toutes les franchises possibles. Tous les héros sont là : de Spiderman à Bob l’éponge, personne ne manque à l’appel. Les tarifs sont exorbitants, nous ne pouvons nous permettre de craquer. Les enfants sont très déçus ; difficile pour eux de comprendre les enjeux financiers qui se jouent derrière. Nous promettons de nous rattraper plus tard, à l’hôtel New York New York, qui renferme lui aussi un parc d’attraction bien plus sympa que celui du Circus.
Nous regagnons notre chambre et passons l’après-midi à nous reposer et à travailler.
Quand nous sortons de l’hôtel, le jour commence à décliner : il est 18 heures et nous respirons pour la première fois de la journée l’air du dehors. Nous nous mettons en route sur le strip, presque aveuglés par les néons omniprésents. La sensation de fouler cette rue mythique et tape-à-l’œil, vue mille fois dans des films, est grisante… Nous devisons à bâton rompu avec les enfants, expliquant tant bien que mal la merveilleuse et mortifère logique de Vegas : la rude réalité de la vie derrière les paillettes, les ressources énergétiques qui s’amenuisent sans que personne ne semble s’en soucier, l’image des femmes déplorable et à combattre dans la vraie vie, les miséreuses villes de camping-cars aux portes de Vegas qui abritent les employés des hôtels et des casinos, la drogue, la mafia, la prostitution et les sans-abris. Les enfants écoutent, graves ; ils saisissent ce que nous disons mais rapidement s’abandonnent de nouveau à la fallacieuse magie de l’endroit. Nous ne pouvons les blâmer ; nous venons de pénétrer dans le très luxueux hôtel Wynn.
Clairement, autre standing que le Circus : limousines, voituriers et pingouins qui s’affairent obséquieusement, immenses sculptures de fleurs fraîches, éclairages tamisés et distingués, lustres de cristal, boutiques de luxe, marbre et velours rouge, murs d’eau, acide hialuronique et botox par quintal. Ça a de la gueule mais bon… Kardash’ style quoi ! À l’aise dans nos Quetchua, nous ignorons les froncements de nez qui entourent notre passage et déambulons, reluquant comme au zoo tout ce pognon qui s’étale et tous ces messieurs-dames qui semblent s’entre-féliciter de leur réussite sociale. Peuh ! Je suis sûre que ces gens-là n’ont jamais été réveillés par un coq tuberculeux au Vietnam ni même partagés un gobelet d’arak tiède entre deux balinais ivres, alors…
Nous sortons de ce ghetto pour riches et là, le constat tombe : nous avons faim. Nous grimpons dans le bus à étages qui sillonne le strip (nous devrons marcher un peu car l’arrêt n’est évidemment pas devant le Wynn, histoire de ne pas en écorner l’image avec des gueux poireautant devant). Deuxième constat : le bus à étage, c’est ‘achement rigolo.
Arrêt à Fremont Street : nous voilà dans le downtown, le vieux Vegas. On retrouve, dans les bâtiments et les enseignes lumineuses, la même atmosphère surannée qu’au Circus, mais avec un brin de luxe en plus. On imagine volontiers De Niro, Pesci et Stone sortir bras dessus bras dessous d’un des casinos de la rue principale. A quelques détails près…
Le smart des 60’s a cédé la place au vulgaire clinquant, au rock commercial et au déballage en règle de popotins, dans une atmosphère joyeusement débridée et festive. Le strip principal, bordé de restos/casinos et de boutiques, est couvert d’un plafond d’écrans composé de 12 millions de leds et mesurant 460 mètres de long (chiffres exacts). Y défilent pubs, clips et effets psychédéliques colorés et stroboscopiques ; nous regardons, médusés, mais pas trop longtemps parce que l’épilepsie nous guette. Nous flânons un instant dans la rue, étourdis par les sollicitations visuelles et auditives permanentes.
La foule est compacte, bigarrée, extrêmement mal fagotée et potentiellement éméchée. Il transpire de tout cela un joyeux n’importe quoi qui confine à l’oppressant et à l’angoissant ; encore une fois, j’adore. Nous avisons les « artistes de rues » qui font le show tous les 20 mètres, de chaque côté du strip. Il y en a pour tous les goûts : le vieux monsieur jamaïcain à dreadlocks qui joue du steel drum, le sosie d’Elvis et sa splendide perruque, les chatoyantes danseuses de samba, le chanteur New Age qui hulule, le mime décati, sans oublier les diverses Miss Nichon qui remportent un franc succès auprès des messieurs, plus distingué tu meurs. Chacun de ces personnages est affublé d’une carte délivrée par la municipalité lui octroyant le droit d’exercer son art.
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Plus loin, nous tombons sur le restaurant judicieusement nommé « the heart attack grill » : les limites du cynisme vegassien sont atteintes (ou, du moins, repoussées encore plus loin). Nous peinons à expliquer aux enfants le concept, jugez plutôt. Il s’agit d’un resto qui, sous couvert de se moquer de la « mode » du « mangez avec modération, faisez gaffe à votre santé et à votre ligne les mecs », adopte la tendance inverse et se vante de proposer la carte la plus calorique du monde. Le nom « heart attack grill » vient du fait que la plupart des clients réguliers meurent prématurément d’une crise cardiaque due à leur embonpoint (dernier client régulier mort en date : l’année dernière). Le chef veille à ce que chaque assiette contienne le plus de gras possible (le plus gros burger compte 9 steaks, sans compter le cheddar et le bacon, les frites sont cuites dans la graisse de porc). Les clients sont invités à se peser sur une grosse balance située sur le trottoir et dont le résultat s’affiche en caractères lumineux rouges au dessus de la porte d’entrée ; si le client pese plus de 350 livres (un peu moins de 175 kg), le repas lui est offert. A l’intérieur, des serveuses plus que girondes font leur travail habillées en infirmière. Chaque client est d’office vêtu d’une blouse d’hôpital et à côté de chaque table pend une poche de faux sang pour simuler une intraveineuse ; pince moi je rêve. Les badauds s’esclaffent et affluent : on fait la queue devant cet endroit immonde. Alix et Valentin renoncent à comprendre la stupide absurdité (l’absurde stupidité ?) de l’endroit et courent jouer sur la balance, pendant que Matthieu et moi regardons par la fenêtre du resto, abasourdis, une serveuse maousse administrer une fessée à un client sous les rires de l’assistance ; c’en est trop, la nausée nous gagne, foutons le camp d’ici.
Malgré cette pénible vision, nous avons toujours faim. Nous pénétrons dans un buffet un peu plus loin et dînons, allez savoir pourquoi, plutôt raisonnablement. Le resto est digne d’un film de Scorcese et nous passons un très agréable moment.
Quand nous ressortons, il est près de 22 heures et la fatigue commence à se faire sentir. Nous décidons néanmoins de poursuivre notre promenade dans le downtown puis, un coup de bus à étage plus loin, sur le strip principal de Vegas.
Nous marchons longtemps, explorant hôtels et casinos et commentant leurs « univers » de carton pâte respectifs. L’Excalibur et son décor de château de princesse de pacotille, le New York New York avec son vertigineux grand huit (qui parcoure des centaines de mètres à l’intérieur et à l’extérieur de l’hôtel) et sa super salle de jeux d’arcades (là, nous cédons aux enfants et claquons 10$ pour nous faire plaiz). La nuit bat son plein, les casinos sont noirs de monde et les fêtards sur leur 31… Et quel 31 ! Défilé d’orteils qui dépassent des sandales compensées, cortège de bourrelets saillants dans la robe trop courte et trop serrée (mais pas trop petite : ça se porte comme ça en fait), festival de la chemise ouverte-chaîne en or qui brille, avalanche de gel fixation extrême. Le rêve américain : encore et toujours, j’adore.
Un bar suspendu à des perles, sobrement
Quand nous regagnons notre chambre au 33eme étage du Circus, il est près de 2 heures du matin et nous avons tous encore la patate : saleté de décalage horaire ! Parce que nous sommes d’horribles parents, nous forçons les enfants à se coucher (et même à se brosser les dents d’abord, monstres que nous sommes) puis, sous leurs cris de protestation, ressortons sans culpabilité aucune boire un drink au bar du casino (en réalité, se taper une Corona ou deux dans l’ambiance sus-décrite, donc moins glam’ qu’il n’y paraît). Glamour ou pas, nous passerons un moment très agréable en tête-à-tête, digérant les inepties du jour et jouissant sans honte de notre présence en ces lieux. 30$ plus tard (la machine à sous a triché), nous regagnons notre chambre en ricanant bêtement ; il est 5 heures du mat’, on se lève dans 4 heures direction la Death Valley. Ça va piquer, mais comme disait l’autre : Viva Las Vegas !
La virée nocturne en amoureux : trois étoiles au guide de la kiffade <3
La classe américaine
Baby
Certes vous n’avez pas gagné au casino, mais votre journée fût très riche tout de même haha… voici un lieu qui décoiffe copieusement par sa démesure. Votre voyage continue sauvagement gaffe aux coyotes. Bivoune et Sylvie sont partis ce matin pour leur croisière italienne. Yves était ravi de son séjour japonais et surtout en votre compagnie d’avoir découvert ce pays. Mille bises
Ils sont fous ces ricains ! Je suis sûre que tout ça t’amuserait beaucoup ma Béa.
Bisettes à paillettes
faites peter les machines à sous et ramener le pactole !!!!!!!!!!!!!!!!
Bah, pour l’instant on a simplement amassé 3 stylos-bic du Circus Circus, pour 30$ investis le rendement n’est pas top !
Si ça marche pas on compte braquer une banque
T as vu Homer?
Pourquoi, tu veux récupérer ta tasse ?
Ah Ah !
Sympa ce resto où tu payes pour t’empiffrer de gras et de sucre … c’est la crise qu’ils disent sur CNN !
Par contre, je valide le concept poufs aux gros mais beaux seins qui te servent de la corona-citron pendant que tu joues avec un banditmatcho à 1dollar : oui, je sais, c’est mon côté ricain qui ressort.
Pure classe Vegas 🙂
Vivement la vallée de la muerte.
Galoper vers la mort en cravachant son cheval avec une bonne tranche de lard, les ingrédients du far west d’antan percutent l’American way of life post-subprimes… La vie est dure, pour ceux qui n’ont même plus les moyens de financer leurs repas, il leur reste à franchir le cap des 350 livres et s’alimenter quotidiennement au Heart Attack Grill… for free. Le social à l’américaine.
Ouais n’empêche que le bacon bien craquant ça déchire grave ! Quant au déballage de chair, il faut dire que Miss America est plutôt rare dans le secteur (car parquée dans les coins VIP je présume) et qu’on a plutôt eu le droit à sa cousine, Miss Charolaise, très sympathique également. Le point commun entre ces deux ladies étant l’espace disponible entre les deux oreilles…
La virée nocturne en amoureux : trois étoiles au guide de la kiffade <3
La classe américaine
Baby
Certes vous n’avez pas gagné au casino, mais votre journée fût très riche tout de même haha… voici un lieu qui décoiffe copieusement par sa démesure. Votre voyage continue sauvagement gaffe aux coyotes. Bivoune et Sylvie sont partis ce matin pour leur croisière italienne. Yves était ravi de son séjour japonais et surtout en votre compagnie d’avoir découvert ce pays. Mille bises
Ils sont fous ces ricains ! Je suis sûre que tout ça t’amuserait beaucoup ma Béa.
Bisettes à paillettes
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Bah, pour l’instant on a simplement amassé 3 stylos-bic du Circus Circus, pour 30$ investis le rendement n’est pas top !
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Par contre, je valide le concept poufs aux gros mais beaux seins qui te servent de la corona-citron pendant que tu joues avec un banditmatcho à 1dollar : oui, je sais, c’est mon côté ricain qui ressort.
Pure classe Vegas 🙂
Vivement la vallée de la muerte.
Galoper vers la mort en cravachant son cheval avec une bonne tranche de lard, les ingrédients du far west d’antan percutent l’American way of life post-subprimes… La vie est dure, pour ceux qui n’ont même plus les moyens de financer leurs repas, il leur reste à franchir le cap des 350 livres et s’alimenter quotidiennement au Heart Attack Grill… for free. Le social à l’américaine.
Ouais n’empêche que le bacon bien craquant ça déchire grave ! Quant au déballage de chair, il faut dire que Miss America est plutôt rare dans le secteur (car parquée dans les coins VIP je présume) et qu’on a plutôt eu le droit à sa cousine, Miss Charolaise, très sympathique également. Le point commun entre ces deux ladies étant l’espace disponible entre les deux oreilles…